Catherine Ségurane
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Ségurane Catherine (Catarina Segurana en nissard, Catænn-a Segurann-a en ligure, Екатерина Сегуране en macédonien). Nom d’une rue de Nice
Biographie[modifier]Catherine Ségurane est née dans le premier quart du XVIème siècle dans la ville de Nice[1]. La date exacte est inconnue. Elle est, selon certains, fille de pêcheur, selon d’autres, "de parents obscurs, vivant de leur travail"[2]. Fille du peuple, elle exerce le métier de lavandière[3] – bugaderia[4] en nissard. Son surnom de maufaccia, "laide", "difforme" en nissard, ne doit rien laisser présupposer sur son apparence physique. Siège de Nice[modifier]L’alliance entre, d’une part, le roi du Royaume de France, François Ier, et le sultan ottoman Soliman le Magnifique, et d’autre part, l’empire de Charles Quint et le roi d’Angleterre Henri VIII, relance l’opposition guerrière pour la domination de territoires. Entre 1542 et 1546, des combats et tentatives d’invasions se déroulent dans différentes régions de ces empires concurrents. Nous ne savons rien de plus sur Catherine Ségurane Séguraniens ?[modifier]Le peu de choses connues sur Catherine Ségurane ne sont pas très fiables. Les historiens ne peuvent affirmer s’il s’agit d’un personnage réel ou mythique. Il n’existe pas de témoignages directs et la première source à la mentionner date de 1608. Les quelques récits de l’époque ne parlent pas d’elle. Les archives qui n’ont pas été détruites en 1793 ne permettent pas d’en savoir plus. Partisan de sa réalité, Henri Sappia défend en 1901 que les femmes étaient très présentes et actives lors du siège de Nice[5] mais que l’invisibilité sociale faîte aux femmes les fait disparaître de l’écriture historique de ce fait. Et que plus généralement, l’écriture de l’Histoire ne retient que les noms des personnalités de pouvoir et oublie toutes celles (et ceux) qui appartiennent aux classes sociales subalternes et qui pourtant constituent le grand nombre de participants. Leurs postérités mythiques sont bien plus compliquées mais parfois l’oralité populaire parvient à sauver un pan de mémoire et mythifie elle-même quelques « personnalités » issues du peuple. Parfois les deux phénomènes sont concomitants. La geste de Catherine Ségurane devient un symbole populaire tout autant qu’elle est récupérée par les autorités politiques ou religieuses. Quelques décennies après le siège de Nice, un buste en son honneur est érigé près de la porte Pairolière avec les mentions "1543 Catarina Segurana Dicta Donna Maufaccia" et "Nicaena amazon irruentibus Turcis occurit Ereptoque vexillo Triumphum meruit 1543". Elle devient un symbole de la lutte contre l’annexion à la France, l’incarnation d’une légitimité divine ou l’égérie d’une forme de résistance populaire. La protivophilie postule que son image ait pu aussi servir de déclencheur pour les macédoniens de Prilep lors de leur première révolte contre l'Empire ottoman en 1564. L’autre composante mythique de l’histoire de Catherine Ségurane est la soit-disant apparition de la Vierge Marie – et son aide – lors de la résistance héroïque de Nice assiégée. Les assaillants auraient du prévoir qu’elle profiterait du jour de sa fête – le 15 août – pour intervenir. S’il avaient patienté quelques jours pour donner l’assaut, elle ne serait pas intervenue et aurait laissé les habitants se faire massacrer ou réduire en esclavage. Plus sérieusement, il est a noté que les historiens peinent encore – malgré les innombrables travaux à ce sujet – à démontrer l’historicité de cette vierge qui aurait enfanté du messie des chrétiens. Il y a plus de probabilité de l’existence de Catherine Ségurane que de celle de la Vierge ! Pour ce qui est de ses apparitions miraculeuses, la protivophile veut bien admettre le phénomène d’illusion collective, mais rien d’autre. En 1552, l’Église catholique fait construire la chapelle Notre-Dame-du-Sincaire en l’honneur de cette aide divine car d’après la récupération religieuse, Catherine Ségurane aurait invoqué cette main de Dieu. Si une histoire de l’athéisme à Nice reste à écrire, il n’est pas inconvenant d’imaginer dès à présent Catherine Ségurane montrant son cul, dans la divine direction, en hurlant "Tu sais où tu peux te la mettre ta main !". Réelle ou non, Catherine Ségurane fut récupérées de toutes sortes de façons. Quitte à fabriquer un mythe, nous préférons faire de Catherine Ségurane, une femme – lavandière[8] nous va très bien – indépendante et intelligente, dont la détermination et le courage ne sont pas à mettre sur le compte d’une quelconque entité invisible et imaginaire. Peut-être est-elle illettrée ? Cela n’a jamais empêché quiconque de penser et de réfléchir. On peut être illettré et ne pas croire aux balivernes religieuses, et inversement, y croire malgré une certaine culture livresque. Pas besoin d’avoir lu Lucrèce pour comprendre les choses :
Il en est de même avec les récupérateurs politiques de tous poils. Les actes individuels ou collectifs ne sont pas souvent motivés par des convictions chimériques ou des espoirs démesurés de lendemains meilleurs mais bien plus par un esprit de révolte spontanée face à des conditions économiques ou sociales jugées, ou devenues, inacceptables. Incorporer une personne ou un fait historique dans la construction d’une idéologie est toujours une forme de malhonnêteté. Heureusement qu’il n’a pas fallu attendre ce rubayat de Fernando Pessoa[10] pour le comprendre :
Séguriens ?[modifier]L’étymologie du patronyme segurane est issue du nissard segà et signifie "hacher" ou "faucher". Certaines recherches ont voulu voir dans cette étymologie le signe d’une construction mythologique dans ce qu’elle renvoie à la figure de Jeanne Laisné ou Fourquet dite Jeanne Hachette. En 1472, à l’âge de 16 ans, elle se fait connaître pour sa participation, armée d’une hachette – d’où ce surnom –, à la résistance de la ville de Beauvais et l’émulation qu’elle créa face aux assaillants. D’autres avant nous avaient déjà remarqué ce lien symbolique mais des études protivophiles récentes permettent enfin de décentrer la problématique.
En macédonien, le verbe "hacher" se traduit par сека dont l’origine commune avec la racine nissarde segà est quasi-incontestable. Là où la plupart des langues slaves environnantes utilisent le terme de kotlet pour l’action de hacher, le macédonien cultive cette différence qu’il tient peut-être d’un lien spécifique avec l’espace nissardophone. Rappelons que :
Si cet emprunt – ou coïncidence – linguistique est avéré, il ne prouve pas l’existence d’une langue mixte nissardo-macédonienne mais montre tout au plus l’interaction entre des réfugiés macédoniens de Nice à la fin du XIXème siècle et des révolutionnaires restés sur place. La protivophilie ne prétend pas écrire une nouvelle histoire de Catherine Ségurane et contredire ses défenseurs, les séguraniens, mais veut enrichir l’histoire de l’utilisation de ce formidable outil qu’est la hache, pourfendeuse du vivant, héritière, du néolithique à nos jours, de cette communauté imaginaire que sont les séguriens[12]. Le choix de F. Merdjanov de mettre une hache comme illustration dans Analectes de rien est très ségurien. Notes[modifier]
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