Que tchi

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Que tchi (ништо en macédonien - ren en nissard) Réponse à tout transfrontalière.


[En cours de rédaction]


Marginalités cheminaudes[modifier]

Dans la partie occidentale du sous-continent eurasiatique — pour ne citer que cet exemple — les hominines [1] sont depuis des siècles sous la coupe d’États qui régissent leurs vies et leurs quotidiens. Pour de telles formes d'organisations politiques, les frontières sont une obsession et les déplacements internes un "tracas" qu'il est nécessaire de gérer. Les nuances entre État-nation ou empire sont peu significatives sur ces sujets. Au cours des siècles, ces États ont fait évoluer leurs approches et se sont adaptés aux réalités en promulgant [2] de nouvelles réglementations. Ce qui, dans les faits, se traduit souvent par des restrictions. Ou, selon l'optimiste de service, un encadrement plus strict. Dans des sociétés presque exclusivement sédentaires, la place à donner au nomadisme est un enjeu politique, social et économique. Voire culturel. Pour un État constitué, des logiques socio-économiques qui demandent des libres franchissements de frontières ou des réalités politico-sociales qui impliquent des déplacements de populations sont à surveiller, à encadrer. Leurs spécificités nomades sont regardées avec méfiance. L'imaginaire des sédentaires s'agite à l'idée de nomadisme. Des archétypes, des phobies, des haines, des caricatures se construisent par strates dans cet imaginaire qui pense les nomades comme un corps extérieur à la société sédentaire. Au pire, cela renvoie aux grandes invasions des hordes nomades d'Attila le hun ou celles de Gengis Khan, sans aucun lien réel avec les populations nomades internes aux États.

Sont considérées "nomades", les populations qui, de par leur mode vie, se déplacent régulièrement et se fixent temporairement en fonction des opportunités économiques, mais aussi les populations qui, pour des raisons économiques, se déplacent là où elles exercent leurs métiers. Pour simplifier, il y a un "nomadisme culturel" et une "économie itinérante". Plusieurs dictionnaires de langue française recensent chemineau et cheminaude. Selon celui de l'Académie française, ils ont tout à la fois une dimension descriptive et péjorative. Soit "Ouvrier qui parcourait les campagnes et se louait temporairement", soit "Vagabond, rôdeur, vivant de menues besognes, d'aumônes, de petits larcins." [3] En France, la catégorie moderne dite des "Gens du voyage" inclue l'ensemble des populations d'hominines — mâles et femelles [4] — qui vivent d'activités foraines, de petits métiers ambulants ou d'activités saisonnières, et n'ont pas de domiciles fixes. Cette catégorie mélange nomadisme et itinérance. Elle n'est pas une catégorisation culturelle ou ethnique mais désigne un ensemble d'hominines œuvrant dans les secteurs de l'économie qui nécessitent des déplacements permanents et une adaptation rapide grâce à un habitat mobile. Les groupes de populations d'hominines ainsi réunies ont pourtant des réalités et des histoires différentes [5].

Une poule

Sans cette excuse économique, le nomadisme ou l'itinérance devient du vagabondage. Ce que la loi française interdit. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle après JC [6], "tout voyage nécessitait un "laissez-passer", "passe-port" ou "sauf-conduit" sans lequel la maréchaussée pouvait considérer le voyageur comme un vagabond ou un mendiant, suspicion qui l’envoyait immédiatement en geôle. Ces "passeports" étaient obtenus auprès de diverses autorités : curé, juge local, autorité municipale, évêque, parlement, secrétariat des affaires étrangères, etc." [7] Après une brève suspension entre octobre 1791 et mars 1792, le régime républicain qui remplace la royauté déchue décide d'utiliser lui-aussi le système de passe-port pour les hominines se déplaçant sur son territoire. Le "Passe-port à l'intérieur" est obligatoire pour toutes les personnes désirant se déplacer hors de leur département d'habitation : "Jusqu'à ce qu'autrement il en ait ordonné, nul individu ne pourra quitter le territoire de son canton, ni voyager, sans être muni & porteur d'un passe-port signé par les officiers municipaux de la commune ou administration municipale de canton." [8] Pour celles désirant se rendre à l'étranger, il est nécessaire d'avoir un "Passe-port à l'étranger". Que ce soit la royauté [9], la république ou l'empire de France, tous ces systèmes politiques utilisent les passeports pour surveiller et contrôler "leur" population. Tous assument très bien ce choix. Et le défendent. [10] L'un des enjeux officiels est de contrôler les errances d'hominines sans domicile et sans travail. [11] L'empire met en place une uniformisation des formulaires et une centralisation des informations auprès des services de police. Sur ce passeport à l'intérieur délivré par la mairie de départ figurent l'endroit de destination, la raison du déplacement (que ce soit pour le travail ou une visite familiale) et multiples renseignements sur les caractéristiques physiques de la personne concernée afin de l'identifier visuellement. Il est obligatoire de présenter son passeport à l'arrivée et le faire tamponner par les autorités à chaque étape du voyage. Il n'est valable qu'un an et doit être renouvelé. De fait, il peut être refusé par les autorités politiques. Inadapté aux évolutions de l'économie en France, ce principe de passeport intérieur est progressivement abandonné au cours de la décennie 1860. Il est un frein à la mobilité de la main-d’œuvre que l'industrialisation grandissante nécessite. Pour cette raison, l'usage du "livret ouvrier" [12], créé en 1803, décline à partir de 1860. En 1863, l’État français instaure le "carnet de saltimbanque" pour réglementer les déplacements du monde artistique ambulant. En cette fin de XIXe siècle et l'arrivée en France de plusieurs groupes de nomades venant de l'est de l'Europe se généralise le qualificatif de "Bohémiens" [13] pour appeler et regrouper ensemble toutes les formes de nomadisme français ou non. Si le monde forain s'accapare le terme et se revendique fièrement bohémien, les autres groupes nomades le vivent plutôt comme une stigmatisation. Ainsi désignés comme appartenant à une entité transnationale, ils sont dénationalisés [14]. Ils ne sont plus une composante de la France mais un élément extérieur. Toute une somme de stéréotypes sur les nomades se construisent à cette époque envers les "bohémiens" [15]. Dans un imaginaire raciste sur le vol, le poulet est aux bohémiens ce que la mobylette est aux maghrébins un siècle plus tard ! L'évidence partagée de "Qui vole un œuf (de poule), vole un bœuf". Les gitans, les romanichels et les autres disparaissent derrière l'unique étiquette infamante de bohémiens ou savante de tziganes. Dans le texte de presque 20 pages qui suit Carmen, l'écrivain Prosper Mérimée synthétise ce qu'il pense savoir au sujet de ces bohémiens et résume très bien les préjugés à leur encontre. Son texte synthétise les clichés de son époque. Selon lui, bohémiens sont très majoritairement présents dans le sud-ouest de l'Europe, "ces derniers passent souvent en France. On en rencontre dans toutes nos foires du Midi. D'ordinaire, les hommes exercent le métier de maquignon, de vétérinaire et de tondeurs de mulets; ils y joignent l'industrie de raccommoder les poêlons et les instruments de cuivre, sans parler de la contrebande et autres pratiques illicites. Les femmes disent la bonne aventure, mendient et vendent toutes sortes de drogues innocentes ou non." [16] Quelques lignes plus loin, il ajoute que "en Allemagne les bohémiennes sont souvent très jolies; la beauté est fort rare chez les gitanas d'Espagne. Très jeunes elles peuvent passer pour des laiderons agréables; mais une fois qu'elles sont mères elles deviennent repoussantes." [16] Pour autant, il fait de Carmen une belle gitane. Mérimée fait quelques remarques sur la "langue bohémienne", cite des exemples d'emprunts dans la langue populaire de France, et se permet même une tentative d'étymologie du mot frimousse. Il se base sur Curiositez françoises pour supplément aux dictionnaires, publié en 1640 par Antoine Oudin, qui relève l'existence de la firlimouse [17], avec le sens de "mine", pour extrapoler une origine bohémienne.

Rien n'y fait, menace ou prière
L'un parle bien, l'autre se tait
Et c'est l'autre que je préfère
Il n'a rien dit, mais il me plaît [18]

Les tentatives de recenser la population de "vagabonds, nomades et Romanichels" en 1895 et 1907 se heurtent à la difficulté d'une telle tâche. Finalement, la loi du 16 juillet 1912 "sur l'exercice des professions ambulantes et la réglementation de la circulation des nomades" promulgue une nouvelle organisation comprenant trois catégories distinctes : Les hominines ayant un domicile fixe et une activité ambulante, le monde forain itinérant et les nomades (quelque soient leurs nationalités). Pour les hominines des deux dernières catégories, il est obligatoire de se doter d'un carnet individuel d'identité anthropométrique qui comprend une photographie, les empreintes digitales, les vaccinations et les visas d'entrée et de sortie des villes. Cette réglementation de 1912 est toujours une entrave permanente au libre déplacement des populations nomades [19]. La complexité et la lourdeur administratives ne fait que compliquer le quotidien. L'univers des nomades inquiète les sédentaires et alimente toute une somme de fantasmes sociaux autour des tziganes. Ces populations sont assimilées aux classes "dangereuses" et accusées d'une certaine dangerosité sociale. De fait, elles appartiennent aux couches les plus pauvres de la société française. Celles qui n'ont pas attendu le nutritionniste Valentin "Vald" Le Du pour comprendre que ne "pas manger, ça fait mourir". [20] De part une situation sociale comparable, il y a des porosités entre les hominines nomades et les plus pauvres des sédentaires. N'en déplaise à celleux qui ont assez ou trop pour vivre, la pauvreté et la survie nécessitent parfois d'avoir recours à l'illégalité. Le vol, par exemple, n'est pas un trait culturel ou naturel, mais la conséquence d'une situation sociale particulière. Acte de naissance des "Gens du voyage", la réforme de 1969 limite la dimension anthropométrique du passeport à l'intérieur moderne. Elle instaure le livret spécial de circulation, le livret et le carnet de circulation, respectivement pour le monde forain et les activités ambulantes, les saisonniers et leur habitat précaire, et enfin les populations nomades qui ne sont pas en mesure de justifier de ressources régulières. Les hominines ayant un livret doivent le faire signer une fois par an au commissariat, celleux avec un carnet de circulation doivent le faire signer tous les trois mois. Ne pas l'avoir sur soi lors d'un contrôle est un délit passible d'une amende pour le livret, d'une courte peine de prison pour le carnet. Conformément à l'hypocrisie républicaine qui prétend ne pas faire de différence selon "l'ethnie, la race, etc.", l'emploi de la locution "Gens du voyage" désigne implicitement l'ensemble des communautés nomades dite "tziganes" ou autres. Leur fidélité à la France est remise en cause lors de la guerre de 1870 et celle de 1914-1918. Suspectées à partir de rien d'être d'hypothétiques aides à l'ennemi, différentes communautés nomades subissent des restrictions de mouvement de la part des autorités. L'apothéose dans cette différenciation entre les tziganes et les autres hominines de France est l'internement de plus de 6500 d'entre elleux pendant la seconde guerre dite mondiale [21]. Le prétexte est le même qu'en Allemagne hitlériste [22] : illes sont un corps étranger à la nation ! D'horribles apatrides qu'il faut anéantir. Et ce malgré une présence attestée depuis des siècles et des siècles. "Za rézemble à des Chouifs !" [23] aurait pu dire un humoriste collaborationniste qui ne sait pas encore qu'il ne faut pas rire des accents — même chermanik. Un de celleux qui ne mesurent pas l'impact néfaste des raccourcis intellectuels. Une preuve supplémentaire que le niçois Eric Ciotti [24], pour ne citer que lui, n'est pas l'inventeur de la bêtise. Juste un de ses dignes représentants. Après des décennies de demandes, de démarches et de luttes pour l'abrogation des discriminations envers les nomades, en 2017, la France supprime officiellement le carnet de circulation. Ce que semble anachroniquement célébrer ce court vers de la saltimbanque alcoolique Édith Pillave :

Non. Rien de Rien.
Non. Je ne regrette rien.

Sur le papier, les "Gens du voyage" n'existent plus. Ne reste que les autres discriminations sociales, économiques et politiques à leur encontre. Pour celleux qui ne sont pas encore sédentaires, les problématiques de lieux pour poser des campements et leurs pérennités réelles sont un souci quotidien. La scolarisation des enfants. L'accès aux mêmes droits que les sédentaires. Etc. L'égalité des chances et blablabla. Dans une langue commune aux nomades, "Liberté. Égalité. Fraternité" se dit Ahahah !

Porosités[modifier]

En français non-académique, dans le langage populaire ou argotique, la locution "Que tchi" signifie "rien". Par exemple, "J'entrave que tchi" a le sens de "Je ne comprends rien". Son orthographe est diverse. Elle se retrouve ainsi sous la forme que t'chi, quetchi ou simplement tchi. Elle est synonyme et construite comme le sont Que dalle [25] ou Que pouic [26]. Parfois elle est simplement réduite à Quetch’, de la même façon que Que dalle qui devient Queud’. L'étymologie est à chercher dans le vocabulaire des langues parlées par des populations nomades d'Europe.

D'après le Vocabulaire fondamental du tsigane d’Europe [27], l'étymon est či, prononcé \tʃi\, qui introduit l'idée de négation, d'absence ou de vide. Ce mot est à rapprocher de différentes langues du nord du sous-continent indien. L'origine de ce mot est à chercher dans le sanskrit -cit qui est un suffixe exprimant la négation. Par exemple, pour dire "peu de chose", le sanskrit utilise किञ्चित् qui se compose de kiñ- et de -cit, et peut se traduire par "quelque-chose non". Sous différentes variantes, ci est attesté avec des sens gravitant autour de rien dans la plupart des pratiques linguistiques des populations nomades d'Europe, passées et présentes. Pour l'expression de rien, d'absolument rien, l'usage est, selon les régions, de dire simplement či ou alors čiči, khanči et khanči či. De la Grande-Bretagne aux Balkans, de la Baltique à la Méditerranée. Un phénomène qui rappelle le glissement surprenant de sens pour le terme français rien qui passe de "chose" à "néant" en fil des siècles. L’ambiguïté persiste encore dans certaines expressions utilisant ce mot rien et une forme négative. Par exemple, la nuance entre "Ne rien dire" et "Rien dire", la première locution exprime l'idée de "pas dire quelque-chose" alors que la seconde dit simplement "dire. non". Dans l'une, le rien est quelque-chose alors que pour l'autre il est le néant.

Pour des raisons de proximité sociale, la francophonie de France des bas-étages et des sous-sols de la pyramide sociale s'est enrichie de multiples mots et expressions directement issus des pratiques linguistiques de populations nomades ou estampillées ainsi. Manouche, gitan, romanichel, romano, tzigane, autant de noms par lesquels elles sont désignées par les populations qu'elles côtoient. La multitude de petits métiers indispensables, de l'artisanat du quotidien aux activités jugées impures, sales ou dégradantes, permet aux communautés nomades de maintenir leur nomadisme tout en s'assurant d'une source de revenus. Et d'interagir avec les sédentaires qui les entourent et qui sont en plus grand nombre. Comme n'importe qui parmi les sédentaires en de telles circonstances, il peut être nécessaire de s'exposer à la loi, de l'enfreindre sciemment afin de survivre ou d'assurer un quotidien acceptable. Par la pauvreté, la débrouille et une réalité sociale comparable, il y a évidemment des porosités entre le monde des nomades et des sédentaires. "L'histoire européenne est parsemée de groupes nomades marginalisés par les violences, la pauvreté, les inégalités du passé et ayant développé des cultures et langages propres tout en assimilant les influences extérieures (notamment celles d'autres groupes persécutés)" [28] Avec des histoires différentes, les mots circulent et modifient les usages. Dans les deux sens. Les significations glissent.

N'avoir rien à grailler. Que tchi !

Plusieurs dizaines de mots des langues tziganes sont devenus partie intégrante du vocabulaire populaire actuel en France. Les plus identifiables sont ceux qui utilisent le suffixe -ave pour exprimer une action, pour construire un verbe. Dans ces langues, la forme en -av correspond à la conjugaison à la première personne du singulier — piav signifie "je bois". Les emprunts prennent la forme de chourave [29] pour "voler", marave [30] pour "frapper", balnave [31] pour "mentir" ou encore bicrave [32] pour "vendre". Et aussi natchave [33], bouillave [34], rodave [35], pillave [36] ou encore poucave [37] — la pookie d'Aya Nakamura. L'emploi de ce suffixe est aussi utilisé pour créer des néologismes sur un air tzigane. Perave et pourave avec le sens de pourri sont de vrais tziganismes. La question n'est pas tranchée pour bédave qui signifie "fumer du cannabis". Si pour le linguiste Jean-Pierre Goudaillier le terme provient du tzigane bédo, "machin, truc", l'étymologie classique retient plutôt l'hypothèse de bédo, verlan de daube [38], qui désigne la résine de cannabis. Certains de ces verbes sont francisés avec une terminaison du premier groupe en -er. Pillaver, chouraver ou maraver se conjuguent donc comme n'importe quel verbe de ce groupe. L'usage semble aller vers l'emploi des temps grammaticaux que sont le présent, le futur, le passé composé et l'imparfait. Personne n'a encore eu besoin de dire "Que nous bouillavassions" ou "Que vous eussiez pillavé". Lorsqu'ils ne sont pas "francisés", ces verbes en -ave ne se conjuguent pas mais s'emploient avec un auxiliaire. Ainsi, "J'ai balnave" ou "Tu m'aurais poucave". Dans les usages, les deux formes d'emprunt coexistent: il est tout à fait possible de pillave et de bédaver en même temps. Et inversement. Pour certains mots, le parcours linguistique est plus difficile à définir. Le verbe grailler qui signifie manger est-il une francisation du tzigane craillave [39] qui avec un sens identique s'emploie sous la forme graillave, ou bien est-ce un tziganisme dérivé de graillon [40] et héritier des anciens graellir et graïllier ? Dans certains cas, l'emprunt a débouché sur des formes multiples, à l'exemple de čor qui a donné chourer et chouraver qui se conjuguent, et aussi chourave et tchor qui s'utilisent avec les auxiliaires être et/ou avoir.

En plus de ces quelques verbes empruntés, il existe dans le vocabulaire francophone populaire de nombreux mots dont les origines tziganes sont souvent ignorées par les hominines francophones qui les emploient. S'ils sont compris par des hominines des classes populaire et/ou pauvres, cela n'implique pas qu'ils fassent partie de leur vocabulaire usuel. La liste qui suit n'est pas exhaustive [41].

  • une berge pour "année". De berj
  • un boule pour "fesses". De bul. Il y a parfois confusion entre ce sens tzigane et celui de testicules, les boules, dans la locution "Film de boule" qui est la traduction littérale de "film de cul"
  • choucard pour "agréable, plaisant". De šukar
  • chtar pour "police" ou "prison". De štar, "prison"
  • un gadjo et une gadji pour "homme" et "femme". De gadžo et gadži
  • la latche pour "honte". De lač
  • un ou des lové pour "argent". De lovo, pluriel lové
  • michto pour "super" ou "agréable". De mišto
  • une minch pour "vulve". De minš
  • narvalo pour "imbécile", "stupide" [42]
  • un pélo pour "gars". De pélo, "testicule". Hypothétique origine de la locution amicale "Ma couille" ?
  • un pouchka pour "arme à feu". De puška
  • rupin pour "riche". De rup, "argent". Peut-être dérivé de rupeno, "en argent"
  • un surin pour "couteau". De čuri. Le verbe suriner est attesté en français.
  • le trac pour "peur". De traš
  • un raclo pour "garçon méprisé ou de mauvaise réputation". De raklo
  • schmidt pour "police"

L'utilisation et/ou la compréhension de ces emprunts francisés par les francophones de France dépassent le cadre géographique de la présence tzigane dans ce pays. Ce phénomène d'emprunts aux langues tziganes n'est pas uniquement lié au "français populaire" mais cela se constate dans l'ensemble des régions d'Europe où des populations tziganes et autres "nomades" sont présentes. Les pratiques argotiques et populaires s'en nourrissent. Par exemple čuri, qui donne surin ou chourin en français, est "répandu dans les argots piémontais, portugais, espagnol et roumain" [43]. Évidemment, le phénomène inverse existe. Les emprunts aux langues environnantes ont aussi enrichi les pratiques linguistiques tziganes. Selon la base lexicale Romlex [44], dans des environnements slaves ou germaniques, des formes proches du nisto slave ou du germanique nichts s'utilisent comme ništa ou ništo, voire niči, en parallèle de či pour dire rien.

Cheminements linguistiques[modifier]

Les dynamiques linguistiques ne sont pas le reflet exact de celles qui se passent avec d'autres réalités sociales des groupes d'hominines. Elles ne sont pas non plus une donnée génétique. Historiquement, une "langue" ne correspond jamais à une population précise et ses mutations dépassent la seule volonté politique et les idéologies sur ce que sont, ou devraient être, les pratiques linguistiques. Définir précisément les cheminements que prennent les usages dans les emprunts est d'autant plus compliqué avec l'absence de sources écrites. Par exemple, comment expliquer la diversité des dérivés à partir de čor, "voler" ? Chourer est-il un emprunt via l'hispano-gitan chorar ou via le manouche chorav ?

Faux proverbe tzigane

La terminologie pour désigner les populations nomades, où issues de cultures nomades, d'Europe fait débat. Deux approches principales. L'une, plus récente, propose le terme de rrom et l'autre plus ancienne de tzigane [45]. La première insiste sur la parenté supposée entre plusieurs groupes socio-linguistiques identifiés sous différents noms, selon les pays ou les environnements culturels dans lesquels ils vivent. Kalé d'Europe du sud-ouest, Sinté d'Europe occidentale, Rom en Europe de l'est et Dom [46] au Moyen-Orient, en Anatolie et au Caucase [47], pour reprendre des endonymes. Chacun de ses "groupes" constituent une mosaïque de spécificités sociales, culturelles et linguistiques, héritages de l'histoire des différentes régions. L'usage de rromani est problématique et source de confusions car il désigne sous le même terme un ensemble de populations spécifiques se nommant rrom, et désigne aussi un ensemble plus large auquel appartiennent ses dit-rom. Du point de vue linguistique, l'approche rrom subdivise ce vaste ensemble en de très nombreuses formes "dialectales" d'une langue commune disparue, appelée rromani. Avec cette hypothèse rrom et rromani, il y a une ethnicisation des populations concernées à travers une origine commune dans la langue, l'histoire, la culture et le mode de vie. Selon cette approche, il aurait existé une population homogène ayant une langue unique qui ensuite se fragmente et se "dénature" au contact d'autres pratiques linguistiques exogènes. Cela rejette l'idée de constructions linguistiques diversifiées à partir d'un large substrat nord-indien par des groupes de population hétérogènes qui se forment, de façons autonomes, au cours des siècles. Selon Cécile Canut, "l’ethnicisation des "Roms" s’est [...] renforcée au détriment d’une approche historique, sociale et politique. Au lieu d’affirmer l’apport de ces populations à l’histoire de l’Europe au long des siècles, leur renvoi à une étrangeté originelle – l’Inde – tend à les exclure de cet espace socio-politique. Devenus étrangers de l’intérieur, les Roms ont pris la figure fantasmée du non-national, ce presque étranger que l’on ne saurait inclure." [48] Elle ajoute que "l’essentialisation d’une population n’est en rien très nouvelle : ce processus a toujours servi des causes politiques multiples, des plus odieuses (génocides) aux plus innocentes (folklorisations)." Les hominines qui défendent cette notion de rrom renouent, de fait, avec la longue tradition de la mythologie nationaliste. Le mythe d'une langue originelle parlée par une population d'hominines aux origines lointaines communes. Pour des populations nomades cela signifie qu'elles ont un "foyer originel". La volonté de standardisation d'une langue romani moderne se double d'une tendance à l'essentialisation de caractéristiques culturelles. Ainsi s'invente la nation rrom et sa rromani šib, sa langue romani unique et commune. Un alphabet standardisé est introduit dans les années 1980. Cette entreprise intellectuelle de "rromitude" emprunte les mêmes biais que les autres nationalismes sédentaires et territoriaux. Les mêmes extrapolations "ethno-linguistiques" que les adeptes des théories sur les "indo-européens", "leur" langue et les populations modernes et leurs langues [49]. Le choix de retenir rrom plutôt que toute autre option s'explique par ce qu'il induit en terme de mythologie nationaliste. Un important fond lexical commun aux pratiques linguistiques anciennes du nord du sous-continent indien fait dire que le rromani et les langues romanies qui en découlent puisent leurs racines dans le prâkrit, basé sur le sanskrit. Selon Wikipédia, "on peut comparer les prâkrits au latin vulgaire, tandis que le sanskrit serait le latin classique." D'après le rromiste Marcel Courthiade, le terme de "rrom (souvent simplifié en rom) est issu du sanscrit tardif डोम्ब [ḍomba] ou [ṛomba] [...] qui signifie "musicien" – en particulier, et au départ, "percussionniste" –, puis plus généralement "artiste, bayadère, acteur/actrice de théâtre sacré dans les temples. Le passage d’une signification visant l’identité artistique à la désignation d’une ethnie, d’un peuple, [...] est peut-être lié au nombre important d’artistes au sein de la population déracinée de Kannauj (Inde) en 1018 – et dont la profession était manifeste, ce qui a pu frapper les habitants des territoires traversés et expliquer l’extension de ce mot à l’ensemble du contingent." [50]. Ainsi, cette caste d'artistes itinérante est l'essence même de la nation rrom, dans sa langue et son mode de vie nomade. La rromisterie consiste à faire le parallèle entre le système de castes [51] dans le sous-continent indien et les spécialisations de certaines populations tziganes, et à supposer que le nomadisme est ancien et originel plutôt que conséquence de ces spécialisations à des époques plus récentes. Un phénomène qui se retrouve chez d'autres groupes d'hominines que les tziganes/rroms.

Contestant cette approche, Elisabeth Clanet se base sur "une approche linguistique davantage tournée vers l’examen des emprunts persans, arméniens et grecs – formant, avec la base indo-aryenne, ce que l’on appelle le socle de la langue romani – qui permet une datation plus précise de cette migration, c’est-à-dire pas avant le Xe siècle." [52]. Afin de contourner l'absence de sources écrites, l'histoire ancienne de ces populations peut se dévoiler partiellement en étudiant les évolutions et les emprunts qui constituent le fond lexical et la grammaire de leurs pratiques linguistiques présentes. Elle rappelle que les "dernières recherches [révèlent] une histoire des "origines" bien différente de la première puisqu’en fait de "migration de nomades", nous avons ici affaire à une déportation très massive de populations villageoises et citadines aux compétences utiles aux armées seldjoukides dont les conquêtes aboutiront, au XIe siècle, à la colonisation et à l’implantation en Asie mineure de populations turques accompagnées d’un grand nombre d’indiens. Ces derniers, arrivés sous le statut d’esclaves militaires, vivant désormais dans des mahallas ou "quartiers ethniques", proviennent en majorité d’une importante razzia effectuée quelques décennies auparavant dans un royaume situé dans la moyenne vallée du Gange. Il ne s’agit donc pas là d’une "peuplade", d’une "ethnie" ou d’une "caste" particulière au départ, mais de populations fort hétérogènes dont le seul lien entre elles est celui de provenir majoritairement d’une même région et de parler le même prakrit." [52] [53] Cette origine indienne n'est pas toujours du goût d'hominines qui préfèrent se construire une mythologie nationaliste plus en adéquation avec leurs croyances religieuses actuelles. Mieux vaux descendre des hébreux bibliques que d'une lointaine région aux mœurs jugées trop différentes [54]. Le concept de tribu perdue très présent dans la mythologie moïsienne [55] est toujours d'une grande aide pour y caser qui le veut. Depuis des siècles, la dimension généalogique de la Bible moïso-christienne est propice à trouver dans la descendance de Noé, ou d'autres hominines de cette mythologie, des ancêtres pour toutes les populations du monde [56]. Publié en 1857, l'ouvrage Les Romes. Histoire vraie des vrais bohémiens résume l'emballement autour des origines tziganes : "On conçoit donc, leur nom n'étant point connu, que leur origine ne pouvait l'être davantage. En effet, les uns la croyent toute récente et les autres fort ancienne; ceux-ci les font venir d'Asie en Europe ceux-là d'Afrique; les premiers par l'Orient les seconds par l'Occident; tel les fait descendre du Zendji Bar ou côte des Zendji par l'Égypte, tel les fait passer de la Tangi Tan, montueuse contrée, d'Afrique en Espagne; quelques uns les font descendre du Caucase ou sortir des Palus Méotides. À en croire ceux-ci ils sont Kalmouks venus de la Dsongarie; à en croire ceux-là ils sont Scythes et probablement le reste des Daces vaincus par Trajan; qui ne voient en eux que les débris des Avars et des Pétchénègues, qui les tiennent pour les ilotes de Sparte ou les bacchantes de Thrace; qui les croient les Aborigènes de la vallée du Danube, les Siguni d Hérodote; qui enfin les confondent au contraire avec les colons romains de ces contrées dont ils ne sont que les esclaves." [57] Selon l'auteur, rien se dit nisk en langue rome.

Le choix de tzigane est motivé par d'autres considérations. Sous des variantes, ce terme existe dans l'ensemble du sous-continent européen et en Anatolie. Le "roumain, "ţigan" s’étend aux langues voisines et plus lointaines : bulgare et serbe "циганин", hongrois "czigány", tchèque "cikán", slovaque "cigán", polonais "cygan", [...] ukrainien "циган", russe et biélorusse "цыган", lithuanien "čigonas", letton "čigāns", puis aux langues germaniques "zigeuner", norvégien "sigøyner", suédois "zigenar", etc..." [50] Ce mot entre dans le lexique francophone sous la forme cigain avant que tzigane ne prenne le dessus sous l'influence du hongrois czigány à la fin du XIXe siècle. Cet usage de tzigane permet de "re-nationaliser" les populations ainsi désignées et de leur donner une profondeur historique européenne en appuyant sur les spécificités régionales et/ou nationales. Même s'illes sont tziganes, les manouches de France ne sont pas des caldéraches de Roumanie [58], les gitans d'Andalousie ne sont pas des romanichels de Grande-Bretagne [59]. L'étymologie de tzigane est controversée. Soit à partir du mot grec aθίγγανος, prononcez [atsinganos], qui, dans un premier temps désigne les membres d'une hérésie christienne, puis par la suite prend le sens de esclave, soit, plus tardif, il vient du turc çigan, dérivé du mot persan tchugan qui se rapporte à l'univers des chevaux [53].

"Au-delà des débats sémantiques qui portent sur le choix d’une appellation générique qui répondrait à la fois aux ambitions militantes et aux savoir linguistiques, historiques et anthropologiques, il ne semble pas possible de renoncer à l’usage de ces ethnonymes englobants, présents dans toutes les langues (Bohémiens, Tsiganes, Gypsies, Zigeuner, Zingari), si l’on veut saisir la fabrique intellectuelle fondée sur l’usage même de ces termes et la production des savoirs qui a accompagné la découverte savante des mondes roms, sinti/manouches et kalé/gitans." [60] Auteur de plusieurs études consacrées aux tziganes de France dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'ethnographe Paul Bataillard n'utilise pas le terme de bohémien avec une intention dépréciative [61]. La complexité de l'usage de toutes les appellations nationales est que historiquement elles ont aussi servi à ségréguer, à insulter, à véhiculer des conceptions racistes sur ces hominines. Marcel Courthiade rappelle que "en polonais, wycyganić signifie "soutirer par ruse" et cyganić, "mentir", "tromper", comme en slovaque, tandis que ciganiti signifie en serbo-croate : 1. "Mendier" ; 2. "marchander sans fin" ; 3. "puer" et ciganija, "coup bas". Mais ces usages ne se limitent pas à l’Europe de l’Est : to gyp signifie "arnaquer" en anglais tandis qu’un objet de piètre qualité ou de contrefaçon est qualifié de gitan en français : des "Nike de gitan..." ou "de tangi" en verlan."[50] À travers le monde, il existe de nombreux exonymes devenus endonymes par l'usage et la réappropriation — vue de France, les plus célèbres sont les canaques [62]. L'attitude extrême consiste à penser qu'il n'y a aucun lien entre des manouches d'Auvergne qui disent ci pour "rien" [63] et des arlies de Macédoine [64] qui préfèrent ništo. Alors que le qualificatif rrom englobe les populations doms mais pas les populations yéniches et autres nomades d'Europe, celui de tzigane fait le contraire. Pour rien, le domari n'utilise pas un dérivé de ci mais kulka [65] et les yéniches disent niks, en rapport avec le germanisme nichts.

En Europe, la plus ancienne trace attestée de la présence de populations nomades tziganes/bohémiennes date du XIVe siècle. Leur présence effective remonte probablement à un ou deux siècles. Le plus ancien lexique est celui que Bonaventura Vulcanius publie en 1597 dans son traité de linguistique comparée De literis et lingua Getarum sive Gothorum [66]. Il contient plusieurs dizaines de mots traduits en latin. Dans les régions d'Europe centrale et balkanique, elles exercent des petits métiers auprès des sédentaires. De la ferronnerie à la forge, de chiffonnier à rétameur d'ustensiles de cuisine. De maquignon et de saltimbanque. Et bien d'autres encore. Le statut juridique accordé à ces populations nomades est spécifique. Elles ont le statut de rob, une forme de servitude féodale, différente de celle de l'esclave ou du serf. Tout est dans la nuance ! Elles payent afin de pouvoir circuler "librement" et exercer leurs métiers ambulants dont elles tirent leurs ressources. En Europe, de très nombreux groupes sociaux liés à un métier particulier existent depuis des siècles. Tziganes ou pas. Leur "identité" collective tient à cette activité précise qui parfois même est utilisée pour les nommer. Par exemple, les caldéraches [58] de Roumanie se nomment d'après leurs activités liées à la chaudronnerie, et plus généralement au métal. De même, les yéniches ont une réputation de spécialistes de la vannerie. Parmi les non-tziganes, de nombreux cas sont attestés de groupes sociaux, nomades ou non, marginalisés et ségrégués selon "leur" métier, ou du moins ceux qui leur sont autorisés, et considérés comme des "autres" par les populations environnantes. Des nomades quinqui [67] du nord-ouest de l'Espagne liées aux activité de quincaillerie aux sédentaires cagots [68] du sud-ouest de la France qui pratiquent très souvent les activités de charpenterie. Alors que les quinqui vivent en marge des sédentaires, certains lieux sont interdits d'accès aux cagots dans des villages et des entrées séparées sont prévues dans des églises.

Arrivant d'Anatolie, via les Balkans, de petits groupes d'hominines s'éparpillent à travers le sous-continent européen. De la Scandinavie à la Méditerranée, des îles britanniques aux confins de la Russie. "Les travaux d’histoire sociale conduits par une historiographie en plein renouvellement et les nombreuses approches monographiques insistent [...] sur l’inscription ancienne et la multiplicité des ancrages et des implantations, urbaines et rurales, repérés dans toutes les parties de l’Europe, mais aussi dans les anciens territoires orientaux de l’Empire ottoman, en Perse et dans le Caucase." [69] En France, elles sont mentionnées au tout début du XVe siècle dans le quart sud-est. Le Journal d'un bourgeois de Paris, édité en 1427, mentionne l'arrivée dans la ville d'une centaine de personnes — mâles, femelles et progéniture — qui demandent l'hospitalité provisoire mais sont accusées de lire l'avenir dans la paume d'une main et chassées rapidement pour cela [70]. Elles disent être adeptes de la mythologie christienne et originaires d’Égypte. Les tziganes, bohémiens et autres égyptiens entrent dans l'historiographie de la France. Cette économie ambulante d'artisanat spécialisé assure le bon fonctionnement des points de vie des sédentaires. Villes et villages ont besoin de ces nombreux métiers pour leur quotidien. Mais la dimension nomade ne plaît pas toujours aux autorités politiques qui cherchent à l'encadrer. Les autorités religieuses voient elles-aussi d'un mauvais œil les hominines qui ne tiennent pas en place. Le "fameux" roi français Louis XIV promulgue la Déclaration... contre les vagabons et gens appelez bohëmes et bohëmiennes et ceux qui leur donnent retraite. Registré en Parlement le 4 aoust 1682. Rien ne laissait présager alors que trois cent ans plus tard Le gitan de Daniel Guichard [71] sera un succès populaire ! Le projet royal est simple. "Arrêter et faire arrêter tous ceux qui s'appellent bohëmes, ou égyptiens, leurs femmes, enfants, & autres de leur fuite, de faire attacher les hommes à la chaîne des forçats, pour être conduits dans nos galères, & y servir à perpétuité. Et à l'égard de leurs femmes, & filles, ordonnons à nos dits juges de les faire raser la première fois qu'elles auront été trouvées menant la vie de bohëmiennes, & de faire conduire dans les hôpitaux les plus prochains des lieux les enfants qui ne seront pas en état de servir dans nos galères, pour y être nourris & élevés comme les autres enfants qui y sont enfermés." [72] Toutes personnes offrant son aide ou sa protection est passible d'une privation de son fief. Le texte vise explicitement des membres de la noblesse provinciale. Par la définition qu'elle donne de "Egyptien", l’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, datée du milieu du XVIIIe siècle, laisse imaginer un contexte : "Egyptiens, ou plûtôt Bohémiens, s. m. plur. (Histoire mod.) espece de vagabonds déguisés, qui, quoiqu’ils portent ce nom, ne viennent cependant ni d’Egypte, ni de Boheme ; qui se déguisent sous des habits grossiers, barbouillent leur visage & leur corps, & se font un certain jargon ; qui rodent çà & là, & abusent le peuple sous prétexte de dire la bonne-avanture & de guérir les maladies, font des dupes, volent & pillent dans les campagnes. L’origine de cette espece de vagabonds, qu’on nomme Egyptiens, mais plus souvent Bohémiens, est un peu obscure, & on n’a rien de bien certain sur l’étymologie de ce nom." [73] Lui qui note "Rien" dans son journal à la date du 14 juillet 1789 [74], le roi Louis XVI n'a rien vu venir. "Où avait-il la tête ?" se demandent encore avec humour ses biographes. Le renversement de la féodalité en 1789 ne change pas grand chose. La vie de bohëmes ne rime toujours pas avec Éden — le nom du "paradis" dans la mythologie christienne. Nous sommes loin de la bohème du monde artistique du XIXe siècle ou des Bourgeois-Bohème — les Bobos — du siècle suivant.

Linguistiquement, les populations nomades de France qui puisent dans le lexique tzigane/romani se divisent en trois "entités" distinctes : les yéniches, les manouches (ou romanichels) et les gitans. Quelqu'en soient les cheminements, c'est par elleux que l'expression "Que tchi" est venu enrichir le vocabulaire francophone et, du point de vue protivophile, nourrir la réflexion autour de rien. Aujourd'hui âgé, le linguiste Robert Martin n'a toujours pas publié une suite à Le mot "rien" et ses concurrents [du XIVe siècle à l'époque moderne] [75] dans laquelle toutes les variations devraient être étudiées. De que tchi à que dalle [25]. De que nib [76] à que pouic [26]. Peut-on raisonnablement penser que la locution "atchik atchik atchik. aïe aïe aïe" [77] puise ses sources dans "quetchi quetchi quetchi. aïe aïe aïe" ? Le cri de ralliement de celleux qui prônent rien ? Retracer le parcours et les détours de "Que tchi" est très probablement chose impossible.

Yéniches[modifier]

Dans l'espace linguistique germanique, de la Suisse à l'Allemagne, en passant par l'Autriche, il est fait mention par les autorités de populations itinérantes dès le XIIIe siècle. Généralement, les linguistes retiennent le terme rotwelsch [78] pour désigner les pratiques linguistiques basées sur des formes régionales de la germanophonie avec des emprunts au yiddish [79], au romani, au français, au néerlandais, etc. Rotwelsch est un terme générique et peut se traduite par "langage incompréhensible". Il est ce que les spécialistes appellent un cryptolecte. Il n'y a pas un unique rotwelsch mais une diversité de pratiques selon les conditions sociales ou les métiers, ayant chacune son propre nom. Ou des variations géographiques. Par exemple, nenta [80] qui a le sens de "rien" est peut-être issu d'un latinisme comme niente ou nienta, avec le même sens. Tschü [81] qui est listé dans le vocabulaire d'un rotwelsch de la région de la Hesse ressemble fort à une variante de tchi. Tout comme nobes ou nobis [82] peuvent être rapprochés du néerlandais argotique noppes qui signifie aussi "rien".

Le terme de jenisch est mentionné en adjectif au début du XVIIIe siècle. Il se rapporte alors à des pratiques linguistiques populaires et argotiques, et non à un groupe spécifique d'hominines nomades. Une langue volontairement cryptée pour se protéger de celleux qui ne doivent pas comprendre ce qu'il se passe, ce qu'il se dit, ce qu'il se prévoit. L'équivalant du jargon francophone. Bref, les pratiques linguistiques des marges de la société, des plus pauvres, celles des "classes dangereuses" tant redoutées. L'étymologie de jenish est inconnue et plusieurs hypothèses s'opposent. Lorsqu'il concerne des hominines, jenisch désigne des populations itinérantes qui exercent des métiers spécifiques, comme par exemple ferrailleur, rémouleur ou de la vannerie. Ce qui est appelé langue yéniche est constitué d'une structure grammaticale germanique et d'un lexique qui se nourrit des "régionalismes" du sud-ouest de la germanophonie. S'y ajoute des emprunts au yiddish occidental [79] — non influencé par les langues slaves —, à l'hébreu et au tzigane/romani, ainsi qu'à la francophonie et à l'italophonie qui sont des zones linguistiques voisines. Le yéniche est considéré comme une variante trans-régionale de l'allemand classique ou comme une "langue mixte" dans la longue tradition des jargons. "Les variétés de contact, formes de rencontre, méso- ou interlectales reçoivent encore souvent des désignations plus ou moins péjoratives, expressions d’idéologies monolingues et puristes et d’épistémologies afférentes : langues bâtardes ou mêlées, pidgin, sabir, charabia, petit nègre, créole, baragouin, etc." [83] Pour les hominines qui le parlent, il est le taïtch — phonologiquement entre le deutsch allemand et le daytsh yiddish. Terme qui signifie tout simplement allemand. Le taïtch est un miroir de l'histoire sociale yéniche. Leurs pratiques linguistiques se nourrissent de celleux qui pratiquent des métiers similaires, par exemple les hominines des communautés moïsiennes, ou qui ont de mode de vie assez proches. Par exemple les tziganes nomades. Ou des conditions sociales qui les placent parmi les plus pauvres. Leur pratique du nomadisme et/ou leur pauvreté facilitent l'intégration en leur sein d'hominines venant des marges de la société sédentaire, des "classes dangereuses" rotwelschophones. Au-delà de la seule langue, les proximités entre familles yéniches et moïsiennes se voient par le nombre de patronymes similaires qui indiquent des mariages inter-communautaires. Ce brassage d'hominines et de pratiques linguistiques constituent la richesse lexicale du yéniche. Une énième recette de macédoine de langues. Exprimer rien ou des sujets proches peut prendre plusieurs formes qui se côtoient, se superposent ou se remplacent suivant l'histoire des différents groupes yéniches. Des lexiques disponibles indiquent des variantes autour de [nix], [či], [nobis] ou [noppi] et [lau] [82], en lien avec des racines germanique, romani, rotwelsch et hébraïque. Parmi les parlers rotwelsch, nobis [80] est attesté au milieu du XVIIIe siècle avec un sens de négativité et לֹא, prononcer [lo], exprime la négation en hébreu. Il se dit parfois que yéniche est composé de ja "oui" et nichts "rien" [84], comme un air de protivophilie avec protiv- "contre" et philie "pour".

Implantations yéniches en Europe

"Les descendants des bandes d’"Égiptiens" ou de "Boesmiens" signalées du XVe au XVIIe siècle peuvent être reconnus à certains noms de famille mais ils ne forment plus un groupe spécifique, à l’inverse de leurs cousins Mānuš et Sinti, venus respectivement d’Allemagne et du Piémont dans le courant du XIXe siècle. Les Yéniches semblent avoir suivi, à partir des territoires germaniques et à la même époque, les mêmes chemins migratoires que les Mānuš. Dans la deuxième partie du XIXe siècle arrivent des Rom d’Europe centrale, Lovara [85] et Čhurara [86], de Hongrie et de Roumanie, puis des Kalderaš [58] qui ont fait un détour par la Russie. Parallèlement, et durant la même période, voire un peu plus tôt, des Gitanos remontent de la péninsule Ibérique, de Catalogne, d’Andalousie et s’installent d’abord dans le sud du pays puis un peu partout." [87] Les premières familles yéniches apparaissent en France dans l'est du pays au début du XIXe siècle. Arrivant d'Allemagne ou de Suisse, elles transitent par l'Alsace, la Lorraine et les Vosges. Aujourd'hui encore, l'Alsace reste une région de forte implantation yéniche [88]. Se déplaçant par petits groupes familiaux, "certains d'entre eux s'implantent dans les mêmes localités que les Sinti et sont, pour la plupart, si proches d'eux qu'il est parfois difficile de les distinguer. D'autres s'installent dans des villages différents. Beaucoup paraissent plus mobiles que les Sinti. De même, plus que ces derniers, ils multiplient des alliances matrimoniales avec les autochtones non-tsiganes." [89] Parmi les petits groupes yéniches qui arrivent en France, certains suivent des familles manouches qui s'installent en Auvergne. Depuis, la région abrite la plus grande communauté yéniche de France. "En Auvergne, particulièrement dans le département du Puy-de-Dôme, Mānuš et Yéniches se fréquentent depuis près d’un siècle ; entre certaines familles, les alliances se sont si fréquemment répétées qu’il est souvent difficile de dire quelle famille est yéniche, quelle famille est manouche." [87] [90] Les catégorisations ne sont pas une science exacte et les hominines ne s'y reconnaissent pas toujours. La réalité est plus complexe que les schémas intellectuels. Avec des ambiguïtés que résume très bien un encart publié par la revue Études tsiganes en 1987 qui reproduit la lettre de Loulou de Lyon dans laquelle il affirme "Je ne suis pas tzigane, mais yéniche" [91] mais se dit choqué et blessé que la revue ne parlent jamais des yéniches ! "Le terme "voyageur" n'est pas représentatif pour parler de nous. Nous sommes presque tous dans des maisons, parfois en caravanes. Mais nous sommes les mal-aimés. Peut-être parce que nous n'avons pas de culture, pas d'identité, pas de savoir-faire. Personne ne se penche sur nos problèmes. Les travailleurs sociaux ne viennent pas chez nous. On doit se débrouiller toujours tout seul." [91] Quatre ans plus tard, Études tsiganes consacre un numéro aux yéniches [89].

Comme la plupart des populations nomades d'Europe, depuis des décennies, les yéniches subissent des politiques de sédentarisation par la contrainte, de restrictions dans leur itinérance, de placements forcés des enfants, voire de campagnes eugénistes ou de déportations [92]. De 1926 jusqu'au début des années 70, la Suisse fait placer environ 2000 enfants. Dans son méa-culpa, l'une des associations mise en cause pour 600 d'entre elleux reconnaît qu'alors "ils considéraient que les enfants de parents yéniches étaient non seulement mis en danger par leur famille, mais également qu’ils représentaient eux-mêmes un danger pour la société. Les idées racistes, soutenues et diffusées par les milieux scientifiques, ont joué un rôle crucial: dans ces milieux, les Yéniches étaient considéré·e·s comme des personnes inférieures. Les familles nomades n’ont donc pas été les seules à être concernées par les enlèvements d’enfants. Les familles sédentaires l’ont été aussi." Que les fans se rassurent, Stephan Eicher n'a pas été maltraité pendant son enfance, malgré un père yéniche. Pendant sa décennie hitlériste, l'Allemagne a failli ne pas faire mieux que les restrictions qui existaient déjà. Avec leur obsession du classement et de la hiérarchie, les yéniches finissent finalement dans la case "tzigane", et à ce titre, doivent être tout simplement éradiqués. Comme les hominines des communautés moïsiennes d'Europe. Il est fort probable que la blague de mauvais goût de l'humoriste collaborationniste français vienne de là ! Mais le Reich n'est pas là pour rigoler. Quelques cas collectifs et individuels de déportation dans des camps à l'est de l'Europe sont documentés. Sans attendre les encouragements hitléristes, "entre 1939 et 1946, près de 6500 Nomades sont internés dans plusieurs dizaines de camps en France. Des familles sinti/manouches, caló/gitanes roms et yéniches subissent un régime rigoureux, sous la surveillance de gendarmes français." [93] Après-guerre, la France fait subir aux familles yéniches ses politiques discriminatoires avec les carnets de circulations et les camps officiels pour les "Gens du voyage" encore nomades ! Les sédentaires, qui représentent la grande majorité des yéniches de France, sont "naturellement" discriminés par leur condition sociale de pauvres et autres néfastes aux riches. Depuis 2016, la Suisse reconnaît les yéniches, avec les manouches/sinti, en tant que minorité nationale et abandonne le catégorisation "Gens du voyage". Elle prévoit de répondre à certaines exigences concernant "la situation des yéniches, sinti et manouches aussi bien nomades que sédentaires, en examinant non seulement les questions essentielles du manque d’aires de séjour et de passage ainsi que de la scolarisation des enfants des familles itinérantes, mais aussi celles de la promotion de la langue yéniche, de l’accès aux médias, de la sensibilisation à l’histoire et à la culture yéniche, sinti et manouche." [94] En France, le statut ségrégationniste de Gens du voyage est officiellement aboli en 2017. Les États d'Europe veulent bien accéder à une sorte de reconnaissance de culpabilité pour la ségrégation subie par les yéniches mais aucun ne veut assumer de quelconques réparations. Le ventriloque Stephan Eicher préfère prendre cela avec résignation.

Mais tu ne me dois rien.
J'ai eu un mal de chien
À me faire à cette idée.
À l'accepter enfin. [95]

Dans l'univers mental autour de la "Tziganie" pour les hominines qui n'en sont pas, les yéniches sont les invisibles des invisibles. Le très petit nombre de personnes contribue à cette invisibilité. Environ 200000 en Allemagne, 50000 en Suisse, 60000 en Hongrie, 35000 en Autriche, moins de 3000 au Luxembourg. Ces chiffres sont évidemment à prendre avec beaucoup de prudence. L'écrasante majorité est sédentaire. Aucune chiffre n'est disponible pour la Belgique et la France. Du point de vue linguistique, quasi rien ne différencie les yéniches des hominines qui n'en sont pas. À quelques détails prêts. Les yéniches de France sont francophones. Le nombre d'album que peut vendre la rappeuse Lora Yeniche [96], la célébrité passagère de Christophe Dettinger [97] après ses coups de poings contre des gendarmes mobiles en 2019 ou la production cinématographique de quelques fictions [98] ou documentaires [99] ne suffisent pas à ce que les yéniches sortent de l'anonymat dans lequel l'historiographie française les maintient. Pour qui ne s'y intéresse pas vraiment, il est facile de tout confondre, de tout mettre dans un même sac. "La bande à gitans !" Même le cinéphile Emmanuel Macron confond toujours Brad Pitt dans le documentaire Snatch[100] et Christophe Dettinger dans la vraie vie : "Ça se voit ! Le type, il n'a pas les mots d'un gitan. Il n'a pas les mots d'un boxeur gitan." Tout son entourage se questionne encore pour savoir quand a-t-il eu l'occasion de rencontrer un boxeur gitan pour en savoir autant.

Les petits riens ne sont jamais insignifiants, la beauté foisonne dans l'infime.[101]

Gitans[modifier]

Au risque de rappeler une évidence, la Gitanie et le Gitanistan n'existent pas plus l'une que l'autre. La Gitanie n'est pas non plus le nom d'une région de France spécialisée dans la production nationale de tabac brun et qui aurait donné son nom à une célèbre marque de cigarettes créée en 1910 [102]. Le qualificatif protivophile de ibérien — en rapport avec la péninsule ibérique — n'existe pas. Dans la francophonie, une gitane est une cigarette. Comme l'est une gauloise — la fameuse goldo. Il arrive parfois que des marques deviennent un nom commun, par exemple frigidaire et klaxon — ce que les linguistes appellent une antonomase. L'univers graphique qui est mis en place progressivement autour de la marque Gitanes renvoie à une imaginaire français sur l'Espagne. L'imagerie des premiers paquets représente un tambourin, des oranges et un éventail, avant que ne s'impose définitivement la silhouette d'une danseuse de flamenco avec un tambourin dans la main gauche. Cela aurait pu être une roulotte, un feu de bois et une guitare, mais l'idée que renvoie l'allusion au flamenco est que les populations gitanes sont hispaniques. Et donc, exotiques. La (cigarette) gitane alimente pendant plusieurs décennies un certain imaginaire autour des classes populaires de France. Et particulièrement sa version avec le papier jaune en maïs qu'il faut rallumer régulièrement et dont le mégot reste pendu aux lèvres en attendant une nouvelle flamme. Le poison est populaire. Et parfois mortel, même en dehors des classes populaires. L'autobiographie posthume Ci-gît Anne Épuyrien de l'artiste bourgeois-bohème Serge Gainsbourg — qui dit consommer jusqu'à cinq paquets de gitanes par jour — ne verra jamais le jour.

Le terme francophone gitan dérive de l'hispanophone gitano. Dans toute l'Europe, il existe sous différentes variations. De l'anglophone gypsy au macédonien џупец en passant par le ijito basque. Dans tous les cas, il est issu de égyptien. La raison à cela n'est pas établie avec certitude. Les rromistes avancent que cela remonte au début du XIe siècle lors des confrontations militaires entre les seljoukides et les égyptiens fatimides dans la région de Jérusalem. Selon cette thèse, les populations précédemment nommées atsiganes en Anatolie, et qui arrivent avec les armées conquérantes, deviennent égyptiennes sous l'influence des Croisades qui mettent tout dans un même grand sac. D'autres proposent que la qualificatif de égyptien se réfère à une région — non encore localisée — de la péninsule hellénique surnommée la "Petite Égypte". Au tout début du XVIIe siècle, dans son Polyglottus Thesaurus, Hieronymus Megiser recense plusieurs dizaines de mots d'une langue qu'il appelle Ægypt. Nov., le nouvel égyptien. L'entrée nihil de son ouvrage comporte 23 traductions dans des langues différentes. Pas en égyptien. Dans cette courte liste, ce qu'il nomme langue bohemicè renvoie à la Bohême slavophone ou, selon lui, rien se dit nyc [103]. Afin de se donner une légitimité, l'analogie entre gitan et égyptien, entre éparpillement et Égypte, peut même s'appuyer sur la fiction biblique dans laquelle il est dit : "Et je sèmerai les Égyptiens parmi les nations, et je les éparpillerai parmi les pays" (Ézéchiel XXX.23) Le générique gitano désigne donc des populations nomades qui abordent l'Europe par les pays du sud. Contrairement aux autres, restées tziganes, qui entrent sur le continent via les Balkans d'après les approches rromistes qui s'imaginent une fragmentation progressive d'une même population unie par la langue et la culture plusieurs siècles auparavant. Contrairement à Carmen la bohémienne, la gitane La Esmeralda de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris est surnommée "l'Égyptienne". Sa langue est l'égyptiaque se demande avec ironie un des personnages.

— Que veut dire ce mot : la Esmeralda ?
— Je ne sais pas, dit-elle.
— À quelle langue appartient-il ?
— C’est de l’égyptien, je crois.
— Je m’en étais douté, dit Gringoire, vous n’êtes pas de France ?
— Je n’en sais rien. [104]

Cet égyptiaque ou égyptien semble tout à voir avec les langues romanes ibériques. Que ce soit dans l'espace lusophone, hispanophone, catalanophone ou occitanophone, émeraude se dit esmeralda. Même si elles se cantonnent longtemps à nomadiser dans la péninsule ibérique, les populations gitanas remontent parfois jusque dans le sud de la France. Le long de la côte méditerranéenne. Venant de la péninsule ibérique, quelques groupes gitanos franchissent la mer et rejoignent le Maghreb pendant la période coloniale [105]. Dans cette région, vivent déjà quelques tziganes autochtones que l'ethnographie du XIXe siècle nomme guezani [106].

Pour désigner les pratiques linguistiques gitanes, il est généralement utilisé le terme de caló qui a le sens de "noir" en calo. L'étymologie de ce mot et son sens sont communs à toutes les langues tziganes d'Europe. Il existe autant de calo que de zones linguistiques différentes dans lesquelles ils évoluent. Le calo hispanique n'est pas identique au calo lusitanien. Globalement, les calos ont une base grammaticale et lexicale ibérique alimenté par des mots du vocabulaire tzigane. Ils sont ce que les linguistes rromistes appellent une langue "para-romani" et rapprochent cela du phénomène des "langues juives". Même si elle est contestée, cette catégorisation englobe l'ensemble des pratiques linguistiques des communautés moïsiennes, qu'elles soient ou non apparentées linguistiquement, et dans lesquelles il est aisé d'y retrouver une influence ou des emprunts à l'hébreu. Aucun groupe d'hominines moïsien en Europe ne parle l'hébreu au quotidien. Selon cette classification, les langues para-romani vont de l'angloromani au romano-serbe, du romano-grec au criméo-romani. Etc. Les calos ibériques nourrissent les pratiques linguistiques des couches populaires et fournissent un panier où se fournir en ressources pour alimenter des argots. Par exemple la germanía [107] des XVIe et XVIIe siècles. D'origine catalane signifiant fraternité, elle est un argot, un jargon de délinquance et des "classes dangereuses". Elle n'est pas une pratique unifiée et standardisée, il existe des germanía selon les métiers. Si dans les premiers siècles de son existence il est essentiellement basé sur les langues romanes ibériques, l'arrivée des égypto-gitano fournit toute une somme de nouveaux termes. Les liens historiques et linguistiques entre les germanía et le calo ressemble à ce qui se dit sur les rotwelsch et le yéniche.

Instrumentalisation de la gitanophobie

Évidemment, pour les puristes de la langue rromani les calos sont des langues mixtes. Laquelle ne l'est pas ? Dans les faits, ils sont à classer parmi les langues romanes ibériques dont une part du vocabulaire puise dans des "rromanismes". Pour prendre le seul cas du calo espagnol, nombre de racines tziganes sont hispanisées. Par exemple čor, "voler", qui prend l'infinitif hispanique pour devenir chorar mais n'emploie pas le robar espagnol. Ou encore churinar pour "mettre un coup de couteau", l'équivalent français de suriner, qui puisent tout deux dans le čuri, "couteau". En ce qui concerne rien, le calo retient aussi bien nasti que chi pour dire nada [108]. Cela n'est pas un discriminant suffisant pour savoir si oui ou non des hominines sont des kalés ! Mâles ou femelles, illes comprennent très bien le sens de nada. Pour reprendre les comparatifs avec les langues "juives", il ne vient pas à l'idée de classer les yiddishs parmi les langues sémitiques hébraïques au prétexte que de nombreux mots ou locutions, voire l'alphabet, s'y rattachent [79]. Ils appartiennent à la famille linguistique germanique et se caractérise par le nombre d'hébraïsmes et par le fait qu'il est parlé par une population précise. Il en est de même avec les multiples calos ibériques. Ils ne sont pas des langues rromani hispanisées. Juste une macédoine linguistique dont nous n'avons pas l'historique de la recette, ni les ingrédients exacts. Toujours dans le comparatif entre "langues juives" et "langues tziganes", le ladino [109] parlé par les membres de la communauté moïsienne dans la péninsule ibérique est à classer dans les langues romanes ibériques et qui se caractérise par son nombre d'hébraïsmes.

L'hispanité des calos n'invalide pas l'appartenance des hominines qui les parlent — les kalès — au vaste ensemble "tzigane". La diversité des calos d'un bout à l'autre de l'espace linguistique des langues romanes du sud de l'Europe, du calo asturien à l'ouest au calo de Provence à l'est, n'empêche pas l'existence d'un référent collectif gitan, d'un imaginaire du commun par-delà la diversité. Contrairement à ce que défendent la plupart des approches identitaires et/ou ethnistes, il est possible de "faire culture commune" sans langue commune. L'équation "Une culture. Une langue" sonne mal. Interchanger le terme de culture avec celui de peuple, de population, d'ethnie ou tout autre imaginaire collectif, ne change rien à cette fausse problématique. L'histoire des hominines et le présent montrent très bien la complexité des réalités linguistiques de part le monde. Leurs dynamiques ne respectent jamais les frontières géographiques, administratives ou imaginaires. Les pratiques linguistiques se foutent des règles de grammaire et des "bons usages". L'intercompréhension est le seul enjeu. Les rromistes, qui ont de fait une approche ethnique, considèrent les kalès comme des rroms qui, tout simplement, ont quasiment perdu leur langue originel. Le caractère transfrontalier d'une définition d'un "peuple rrom" éparpillé, aux histoires fragmentées et aux réalités linguistiques différentes, et l'absence de revendications territoriales donnent à la mythologie nationaliste rromani une certaine originalité, s'appuyant sur le concept de "peuple sans territoire compact". [110]

Pour les autorités françaises, il n'y a pas de doute. Peu importe l'origine exacte de leurs "jargons", les gitans sont des tziganes, des "Gens du voyage". À ce titre, illes ont individuellement l'obligation d'avoir avec elleux le carnet de circulation, et le faire tamponner, sous peine d'amende ou d'emprisonnement. Cette question de la tziganité des choses a beaucoup rapproché la France et l'Allemagne entre 1939 et 1945 alors même que les deux pays avaient des relations compliquées sur d'autres problématiques. C'est l'Âge d'Or de l'antitziganisme en Europe. L'ouverture d'esprit est au cœur de l'entente et l'approche est inclusive. Peuvent être tziganes toutes les nuances des populations nomades, semi-nomades ou sédentarisées peuvent y prétendre. Les gitanos et les yéniches y ont une place. Déjà contestée à son époque, la scientificité de leurs méthodes de détection de la tziganité de tel ou telle hominine laisse à désirer. Pas facile d'inventer une race tzigane. L'hitlérisme et sa rationalité névrotique prend soin des détails. Le Z sur les wagons c'est pour zigeuner, "tzigane" en allemand, et le triangle est marron. Noir quand les tziganes sont avec les "asociaux", dans la même case que "les non-conformistes, les vagabonds et d’autres groupes". En Europe, entre 200000 à 500000 tziganes meurent dans le projet exterminateur des hitléristes et des pays qui les soutiennent. Sur les environ 40000 personnes estampillées "tziganes" en France à la fin des années 30, environ 15000 sont mortes à l'est de l'Europe. Déportation. Internement. Mise à mort. De toutes les populations tziganes, de toutes celles qui sont mortes, les manouches sont celles qui ont été le plus touchées pendant cette vague d'antitziganisme décomplexé.

L'imaginaire collectif français fait l'impasse sur les déportations et aux lendemains de la seconde guerre dite mondiale les politiques discriminatoires envers les "gens du voyage" continuent. Outre le racisme ordinaire, les politiques de mise en place d'aires réservées pour les campements ne font que compliquer les formes de nomadismes encore existantes parmi les populations tziganes de France. Rien n'est très clair pour les hominines qui n'en sont pas. Alors que l'utilisation de la terminologie rrom ou rom n'est pas encore d'actualité, pour la plupart, manouche est simplement une autre manière de dire gitan. La confusion est totale. Le bon exemple est celui du film à succès d'Emir Kusturica, sorti en 1988, dont le titre choisi en français est Le temps des gitans [111] alors même qu'il se passe dans les Balkans et que les personnages s'expriment en romani. À plus de 1312 kilomètres des régions du sud-ouest européen où vivent vraiment des gitans. La gitanophobie a de multiples sources et prend des formes diversifiées. Elle est une macédoine nauséabonde de folklorisation et/ou d'essentialisation. Tout se mélange. La guitare et le surin deviennent des attributs gitans, l'utilisation de moyens illégaux indispensables à la survie se transforment en trait de caractère typiquement gitan, des comportements explicables socialement, politiquement ou économiquement sont érigés en traits distinctifs culturels, etc. Ces procédés simplistes ressemblent évidemment aux autres racismes à l'encontre des hominines "originaires" de Maghrèbie ou d'Afriquistan par exemple. En France, le "monde des gitans" titille les fantasmes sur la petite délinquance et la débrouille, sur la vie en caravane et le nomadisme. Le hiatus s'incarne très bien dans les politiques étatiques de gestion du nomadisme ou semi-nomadisme qui, finalement, consistent à contraindre à se poser uniquement dans des lieux précis dédiés à cela. Les sédentaires se font une idée du mode de vie des communautés gitanes où se confondent nomadisme et camping ! Dans la réalité, la grande majorité des hominines de la case "gitan" en France est sédentaire. La plus grande partie vit dans les départements Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur. La langue du pays dans lesquels illes vivent est leur langue du quotidien. Français, castillan ou catalan. Le calo ou ses vestiges est un plus.

En plus des catégorisations socialement dévalorisantes par celleux qui les observent, le regard porté sur ces populations peut aussi parfois être amical. Dédicaces à Daniel Guichard et aux Gipsy Kings [112]. Pour l'un, son personnage principal du gitan est un hommage et pour les autres, ils donnent une image rassurante et festive de la gitanitude. Ils aiment chanter, le font en espagnol, et s'accompagnent à la guitare sur des airs de flamenco. Le feu de camp et l'Andalousie ne sont plus très loin. Pour celleux qui en doutent encore, les Gipsy Kings sont La preuve que cela ne les empêchent pas d'être sympathiques tout en étant gitans ! Et en plus francophones. Même les racistes optimistes se plaisent à penser qu'alors tout n'est pas perdu ! Un qualificatif de gypsie/gitan qui, de plus, est fièrement arboré. Dans son personnage de Seth Gueko, le rappeur Nicolas Salvadori revendique une tziganité, fictive dans la réalité, pour entretenir un imaginaire social. De Michto à Dirty Manouche [113], de Gypsies King Kong à Mange tes morts, il décline la diversité tzigane. Même si la tziganophobie raciale et caricaturale des siècles passés n'existe plus, il n'en reste pas moins que l'imaginaire sur les communautés gitanes s'articule parfaitement avec la défiance envers les classes populaires. La modernisation de la tziganophobie ne l'a pas fait disparaître — un phénomène que connaît bien la population moïsienne.

Saincte Dame ! comme il barbote !
Par le corps bien ! il barbelote
Ses mots, tant qu’on n’y entent rien.
Il ne parle pas chrestien. [114]

La caricature aime prêter aux hominines des communautés gitanes un fort accent. Des intonations qui sonnent "populo". Faut-il pour autant faire un rapprochement entre barracoen et barraquin, qui désignent dans l'occitanophonie les nomades, les hominines qui vivent en roulotte [115], et le mot baragouin à l'étymologie restée jusqu'alors mystérieuse et qui nomme des pratiques linguistiques jugées incompréhensibles. La plus ancienne mention connue de baragouyn date de la fin du XIVe siècle. Dans ce texte de 1391, la personne qui parle se défend d'en être. "Beaux seigneurs, je ne suis point Barragouyn: mais aussi bon chrestian, d’aussi bonnes gens, et aussi bon François que vous estes." [116] Dans la première moitié du XVIe siècle, François Rabelais l'emploie avec le sens de "langage incompréhensible" dans Pantagruel et dans le même texte pour nommer un groupe spécifique d'hominines, les barragouyns. Rabelais y parle d'une dispute entre "les Barragouyns et les Accoursiers" [117]. Le sens de accoursier [118] est "clientèle", ce qui par effet miroir implique que les barragouyns sont probablement des marchands ou des artisans. Un sens qui rejoint le satut social des tziganes. À une personne qui s'adresse à lui dans une langue germanique qu'il ne comprend pas, Pantagruel répond: "Mon amy ie nentends point ce barragouyn, et pourtant si voulez quon vous entende parlez aultre langaige". [119] À noter que dans l'ère néerlandophone — via la langue française — bargoens [120] désigne tout autant un "argot de voleurs" que les "gens du voyage". Nicolas "Seth Gueko" Salvadori revient sur cette histoire dès le début du XXIe siècle.

Il tchatche pour que les gadjo entravent que tchi [121]

Manouches[modifier]

Parmi les tziganes, les manouches sont la population la plus nombreuse. Elle n'est évidemment pas un bloc unique. La diversité des histoires, des géographies et des entourages est l'héritage de plusieurs "vagues" de déplacements de groupes aux origines géographiques différentes [122], aux réalités quotidiennes multiples. Manouche est un terme manouche, une francisation de manus qui signifie "Homme", au sens d'humain. Un classique dans le choix des noms collectifs que se donnent des groupes d'hominines. Pour s'approcher de la prononciation manouche, il est parfois ajouté un tilde sur le ã qui se prononce comme an. Donc, mãnouche. En francophonie, le terme de romanichel est aussi utilisé, même si son usage semble moins présent. Il se compose de romani qui a le sens de "groupe d'hommes" et de šel qui renvoie à l'idée d'une appartenance collectif. Romano s'emploie en synonyme de manouche, que ce soit pour désigner les individus ou le groupe. En soit, les mots manouche, romanichel et romano n'ont rien de dévalorisant. La dimension péjorative ou négative est introduite ou non selon la personne qui énonce. Pour Le Boy Manouche à 100% [123] il n'y a clairement pas de doute sur l'aspect fierté, alors qu'une simple expression comme "truc de manouche" dans la bouche d'hominines qui ne le sont pas induit une très probable dépréciation. Quel que soit le "truc" en question. Méthode similaire à celle employée avec d'autres groupes d'hominines marginalisés, discriminées ou stigmatisées. Généralement, les locutions "travail d'arabe" ou de "noir" expriment du mépris. Via un regard extérieur, manouche est synonyme de gitan et les deux appellations sont interchangeables.

Historiquement, la grande majorité de la population manouche se déplace au sein de l'espace germanophone. Le nom sinté, pluriel de sinti, est souvent employé par s'auto-désigner. Comme pour les autres catégories tziganes, les manières de désigner ne sont pas fixées. Manuš peut ne désigner que les tziganes arrivant d'Allemagne au cours du XIXe siècle et sinti seulement celleux venant du Piémont italien [124]. Quelque soit le nom qui leur ait donné par celleux qui ne le sont pas, les manouches sont le cœur de la tziganité. "Peut-être parce qu’elle se situe à l’extrémité occidentale de l’Europe, la France est riche d’une grande diversité tzigane." [87] La langue est nommée sintikès ou sinti-romanès. Depuis le courant du XVIIIe siècle, les théories sur les origines des tziganes se multiplient. La piste indienne est privilégiée et consolidée par la linguistique du siècle suivant. Dans la pensée intellectuelle de cette époque, les tziganes — langue, culture et population — viennent d'Inde et leur langue est classée par le rameau oriental des langues indo-européennes — rameau alors appelé "aryen". Elle dérive du prakrit, et donc du sanskrit. Les hiérarchisations racistes du XIXe siècle qui valorisent le concept d'aryanité ne s'accordent pas très bien avec cette "noble" origine. Le déclassement nécessaire fait passer les tziganes du statut de survivance aryenne à travers le temps et l'espace à celui de "race inférieure" parlant un jargon incompréhensible qui altère les autres langues. Dorénavant, illes ne descendent plus d'une noble caste mais d'un groupe social de parias. Le débat divise jusqu'en 1942, date à laquelle les autorités germano-hitléristes arrêtent de différencier les "tziganes de race pure" et les "tziganes demi-sang au premier degré". La première catégorie englobe les sinti et les lalleri [125], et la seconde tout le reste. En théorie, la case "race pure" doit échapper aux déportations ou aux stérilisations, contrairement à celle du métissage. "Cependant, il existe une "infériorité raciale" de nombreux "tsiganes" qui est le fruit de siècles de croisements entre les Roms et d’autres groupes ethniques disparates" [126] selon l'obsession pour la pureté raciale des théories hitléristes & Cie. Il est finalement décidé qu'avoir au moins un grand-parent tzigane suffit à l'être. C'est plus simple et moins risqué pour la race aryenne germanique ! Les roms, les sintés, les manouches, les tziganes sont à mettre dans le même sac. Avec les yéniches et autres vagabonds. Les hitléristes allemands ne se font pas prier. Dans tous les pays où ils ont une influence politique ou militaire, ils coordonnent avec les pouvoirs en place des vagues d'arrestations.

Si on veut se natchave, c'est maintenant ou rien !

Selon les chiffres, à travers tout le sous-continent européen, entre 200000 et 500000 personnes sont arrêtées, déportées et tuées au seul prétexte d'être tzigane entre 1933 et 1945. Mathématiquement, une très grande partie est manouche. Cet évènement historique majeur dans la tziganophobie est souvent appelé Porajmos [127]. Il est aux tziganes ce que la Shoah est aux communautés moïsiennes d'Europe. Les chiffres des morts et/ou des déportations sont difficiles à établir avec exactitude. Les autorités françaises arrêtent et enferment dans des camps les populations nomades et/ou tziganes. Des études historiques avancent le chiffre d'un peu plus de 6000 personnes passées dans les camps d'enfermement pour cause de nomadisme, ou de "tziganité", instaurés par le pouvoir politique [128]. L'historienne Marie-Christine Hubert donnent le chiffre de 4657 en zone occupée et 1404 en zone libre, dont 90 % sont de nationalité française, et entre 30 à 40 % sont des enfants. La plupart des tziganes et autres nomades mis dans des camps d'internement par la France ne sont pas déportés vers l'Allemagne. Dans la partie nord de la France qu'elles contrôlent directement, les autorités hitléristes et leurs supplétifs organisent des déportations vers les camps d'Europe de l'est. Rafles policières et wagons pour Auschwitz. Le triangle marron n'annonce rien de bon: un tiers de la population tzigane française est anéanti pendant la folie tziganophobe en Europe. Qu'elle soit nommée Porajmos "dévorer", ou Samudaripen "destruction totale", ne change rien.

Les conditions de parcage dans la quarantaine de camps français sont si déplorables qu'une centaine de "nomades" y meurent de faim ou de maladie entre 1940 et 1944 [129]. "Le chiffre est significatif, et cette population internée fut parmi les plus touchées, en proportion, bien plus que les "politiques", les "marché noir" ou les droits communs." [130] Après la guerre, les populations tziganes de France sont abandonnées à leur sort comme en témoigne Jean-Louis Bauer, dit Poulouche, interné à l’âge de 10 ans avec sa famille :

Quand on est sorti des camps, on n’avait pas de secours, on n’avait rien, comme il y a du secours partout maintenant. On aurait dû nous donner quelque chose pour faire la route, nous guider, nous dire "Allez là, il y a une maison qui vous attend, on va s’occuper de vous". Rien, à la porte ! comme un chien ! comme des chiens !  [131]

Les dernières libérations de tzigano-nomades de ces camps d'internement se font en 1946. Retour à la vie sous un régime de paix, aux valeurs républicaines. Enfin. Retour des carnets de circulation et autres réglementations discriminatoires envers l'ensemble des hominines ayant survécu. Encore. La France ne fait évidemment pas exception. Comme avant-guerre, la précarité des différentes "communautés" tziganes favorise les rapprochements. "En Auvergne, particulièrement dans le département du Puy-de-Dôme, Mānuš et Yéniches se fréquentent depuis près d’un siècle ; entre certaines familles, les alliances se sont si fréquemment répétées qu’il est souvent difficile de dire quelle famille est yéniche, quelle famille est manouche." [87] Francophones avec des pratiques linguistiques tziganes qui interfèrent, tout le monde sait très bien que tchi signifie rien [132] et qu'il s'emploie en parallèle du yéniche nix. Impossible de se méprendre entre le jazz manouche [133] de Django Reinhardt et la chansonnette Tchi tchi du corse Constantin "Tino" Rossi [134]. Pour la majorité des hominines de France les manouches sont des tziganes comme les autres, enfin presque, car illes sont originaires de France. L'implantation ancienne en fait des autochtones. Même si les étymons sont tziganes/romani, les dénominatifs sont pleinement devenus des mots de la francophonie de France. Ce sont "nos tziganes", "nos romanos". Le racisme ordinaire et franchouillard imagine même que "Il doit y en avoir des gentils !", pour paraphraser une banalité lors d'un repas de famille à Trifouillis-les-Oies. Des hominines peuvent, sans y voir une quelconque contradiction, aimer la littérature de Matéo Maximoff [135] et être plein de préjugés sur les manouches, trouver que Django Reinhardt se débrouille bien à la guitare "pour un gitan" et penser que la vie en caravane est archaïque. À contrario, ne pas apprécier le jazz manouche ou n'avoir jamais lu Matéo Maximoff ne sont pas tziganophobes. Pas plus que de trouver drôle le documentaire Snatch sur des romanichals britanniques ou de ne pas aimer les fictions de Tony Gatlif sur les Balkans. Penser que la chasse et la consommation de la viande de hérisson est une barbarie parce que "Y sont trop mignons !" est un approche "un tantinet" tziganophone de la problématique de la consommation de viande en général.

En ce qui concerne les manouches, il n'y a pas exactement la même étrangeté imaginaire que celle dont souffrent les autres tziganes. Cela n'empêche pas les ségrégations et les réglementations discriminatoires au même titre que les autres. L'amour et la famille ne sont jamais des choses simples à vivre ! Souvent violentes, parfois mortelles. Bien que fictive, la famille qu'est la France n'échappe pas à cette règle. Réalisé en 1976 par deux hominines originaires du Japon, le documentaire Mour Djiben. Ma vie de manouche [136] suit les pérégrinations en roulotte d'une famille manouche dans le nord-ouest de la France. Une anthropologie d'un quotidien manouche en voie de disparition. [137]

Politesse policière

Aujourd'hui les stéréotypes ne sont plus ceux des siècles précédents. Néanmoins, quelques soient ses cibles, aussi différentes soient-elles, le racisme utilise toujours les mêmes procédés, déclinés selon les pseudo-spécificités des populations visées. Les poules d'hier qui se volatilisaient la nuit ont fait place aux câbles dérobés près des voies ferrées. Contrairement aux populations moïsiennes, les manouches ne tuent pas des enfants pour en boire le sang. Illes ne semblent pas non plus être responsables de la fin du monde à venir, du déclenchement de la première guerre dite mondiale, de la peste au Moyen-Âge, de la crucifixion de JC, etc. Pour autant, cela n'empêche pas que les manouches effraient. Illes ajoutent leurs spécificités aux peurs sociales à l'encontre des populations marginalisées. Un autre procédé de la tziganophobie est d'exacerber tel ou tel aspect culturel. Par exemple, non sans un certain comique de situation, des hominines sédentaires qui vivent dans des sociétés où la ségrégation genrée existe, où la famille est un espace de violence envers les enfants, reprochent à "la culture tzigane" ses dimensions sexistes, violentes et conservatrices. Peut-être est-ce simplement de l'humour décalé à la Blanche Gardin ? À noter que l'existence de la tziganophobie et toutes les formes diluées qu'elle peut prendre n’est pas un rempart contre l'existence de racisme chez les tziganes contre les gadjo. Le vivre n'empêche pas de l'être. La chose est complexe !

Reprocher une défiance manouche à l'encontre de la police, c'est ne pas comprendre — ou assumer — le rôle de celle-ci qui est de maintenir le statu quo économique, politique et social. ACAB en manouche se dit "All Chtars Are Bastards" et Le Boy Manouche à 100% prend toujours garde à La schmiterie [138]. Du point de vue des non-manouches, il y a toujours un biais qui consiste à minimiser les effets du racisme anti-manouche et de la tziganophobie en général. Un exemple caractéristique est le cas d'Angelo Garand, tué en 2017 lors d'une tentative d'arrestation par le groupe d'intervention de la gendarmerie. Condamné plusieurs fois pour des petits délits, il ne rentre pas à la prison après une permission de sortir d'une journée. Six mois plus tard, il est abattu de cinq balles par les militaires venus l'arrêter. Évidemment, ils plaident la légitime défense alors que la version de la famille est toute autre. Didier Fassin publie Mort d'un voyageur : Une contre-enquête [139] pour démonter les incohérences des témoignages des militaires et Aurélie Garand, sa sœur, raconte toute l'histoire vue de l'intérieur dans le poignant Depuis qu’ils nous ont fait ça... [140] Tristement, être manouche est encore et toujours une circonstance aggravante. Devant une cours de justice, devant la police, l'assistante sociale, l'administration, etc. Dans son article L’antitsiganisme : une tradition française, Saimir Mile [141] rappelle que "il faut [...] attendre la loi du 10 juin 2015 pour voir enfin disparaître le livret de circulation et celle du 22 décembre 2016 relative à l’égalité et à la citoyenneté pour que la loi de 1969 instituant le statut discriminatoire des "gens du voyage", comme on les nomme désormais, soit enfin définitivement abrogée. Stupéfiante permanence de dispositions racistes qui révèle la longue existence d’un antitsiganisme profond et diffus, infusé dans les institutions via l’image du "nomade" dangereux pour la sécurité et l’ordre publics." [142] Au-delà de cette violence directe sur les communautés manouches qui vivent encore en caravane, l'ambiance est au refus d'installation de campements, même provisoires. Les terrains proposés ne sont pas à la hauteur des attentes et les aires aménagées ne correspondent pas aux besoins. Beaucoup de municipalités préfèrent payer une amende pour non-respect de la loi plutôt que de mettre en place une véritable politique qui permette l'existence de campements sédentaires ou l'accueil provisoire pour celleux qui pratiquent le nomadisme occasionnel.

Conclusions provisoires[modifier]

"D’un geste ample et précis, Bataillard brosse le portrait des formes très diverses des présences tsiganes et énumère différents groupes : les "Bohémiens d’Alsace-Lorraine", rattachés aux Tsiganes allemands et disséminés partout en France, ceux du Pays basque, "Bohémiens, Égyptiens et Cascarots du pays basque espagnol", ceux du Roussillon et du Midi qui se confondent avec les "Gitanos catalans", les "Zingari piémontais et savoisiens" installés aux frontières avec l’Italie, auxquels s’ajoutent des "Bohémiens hongrois" et des "Bohémiens suisses" repérés en plusieurs points du territoire." [60] Ce tableau de la fin du XIXe siècle est le contexte dans lequel s'est forgée la locution que tchi et qu'elle est devenue membre à part entière de la francophonie. Comme dit précédemment, il n'est pas possible de reconstruire les méandres linguistiques empruntés par tchi. Si pendant des siècles la présence tzigane a enrichi les pratiques linguistiques régionales en incitant les autres hominines à inventer de nouveaux mots pour les désigner, pour les qualifier, à faire glisser ou élargir le sens de quelques-uns pour nommer de nouvelles réalités [143], les premières traces écrites de l'influence linguistique directe sur la francophonie populaire datent du début du XIXe siècle. L'engouement d'une partie de la bourgeoisie intellectuelle pour les argots et les parlers populaires a largement contribué à la multiplication des lexiques et autres dictionnaires. De Nice à Ernemont-sur-Buchy, les études linguistiques montrent que les emprunts aux langues tziganes ne sont pas identiques dans l'ensemble de la francophonie française. Par contre, l'usage de que tchi est attesté sur l'ensemble de ce territoire. La réalité des pratiques linguistiques permet d'imaginer que les entrées dans le lexique francophone a pu se faire de différentes façons, selon les régions. Est-ce par le mãnouche de Paris et d'Auvergne ? Par le caló de Provence et le taïtch d'Alsace ?

Du point de vue de sa construction, la locution Que tchi est composée à partir de l'adverbe que qui peut être exclamatif ou d'intensité selon l'usage. Dans "Que tout ceci ne sert à rien !" il est exclamatif, alors qu'il est adverbe d'intensité dans "Rien que ça !?" Cette construction linguistique se retrouve dans plusieurs autres locutions, soit synonymes de que tchi, soit en rapport avec une négation. De que dalle [25] à que pouic [26] en passant par le latinisme que nenni. Parfois aussi que nib [76]. Dans son Dictionnaire d'argot, daté de 1907, Napoléon Hayard recense l'expression qu'tringle [144] pour signifier "rien" et le Dictionnaire de la langue verte de 1866 liste tringle avec ce sens [145]. La locution que fifre est composée comme les précédentes avec l'adverbe et un mot exprimant une absence, un vide, une extrême petitesse, une espèce de rien. La dimension dévalorisante du sous-fifre, littéralement en-dessous de presque rien, se retrouve dans l'expression "moins-que-rien". L'étymologie de fifre est à rapporter à celle de fifrelin que l'on trouve dans l'expression "Ne pas valoir un fifrelin" signifiant "ne rien valoir". Un fifrelin est une chose de peu de valeur. L'expression est la traduction littérale de l'allemand "Das ist keinen Pfifferling wert". Dans cette langue, un pfifferling est une "girolle", une "chanterelle", et aussi un "objet sans valeur", un sens attesté depuis le XVIe siècle. Avec des orthographes diverses régionales, ce sens de "presque-rien" se retrouve dans l'ensemble de l'espace germanique et dans toute la moitié nord de la France. Par exemple, dans la Somme un fiferlin [146] est un oiseau très petit, en Picardie un fiferlet est un objet qui n'existe pas, et dans la région parisienne un fifrelin est une très petite somme d'argent. Par permutation de phonèmes — la métathèse des linguistes — fifrelin s'est imposé sur fiferlin dans la langue française standardisée. Dans le registre de la sexualité, un fifrelot ou un fifre — sous-entendu une petite chose — est un pénis [147]. Ce que rend un peu la locution "Mon truc" ou "Mon machin" pour parler sans vantardise de son propre pénis. La proximité avec ce "presque-rien" est présente dans l'utilisation sexualisée de tringler, littéralement "se servir de tringle", pour coïter du point de vue de ceux qui possèdent un pénis. Peut-être n'y a-t-il pas de rapport direct entre les deux, et que le sens de pénis pour tringle vient tout simplement de sa synonymie avec "tige raide" ? Sans aucun rapport avec "rien". Le lien entre le mot tringle et le sens de "rien" est encore à définir. Il y a une autre confusion possible à cause du fifre musical, la petite flûte traversière en bois à trous qui produit un son très aigu et perçant, et l'expression "Souffler dans le fifre" qui a le sens de "fellation", l'acte sexuel de sucer un pénis. Hormis pour les plus acrobates, les TLR [148] et autres gigaraphides pour qui "se souffler dans le fifre" n'est pas un problème, il est plutôt d'usage de "se faire souffler" dans le fifrelot. Quelle que soit sa taille. Même si la question divise encore, il n'y a peut-être pas de lien entre le sens de idiot pour fifrelot [149], et le fait de posséder ou non un pénis. Toujours avec cette idée de moindre valeur, de petite chose sans importance, dans l'argot militaire du XIXe siècle, un fifrelin ou fiferlin est un soldat d'infanterie, celui qui meurt en premier lors des affrontements guerriers entre armées concurrentes [150].

Parce que t’es rien. Rien ! T’es le contingent, un simple outil, à peu près autant qu’un manche de pelle. Si tu vis, c’est que les obus n’ont pas voulu de toi ! [151]

Aporoximations protchivophiles[modifier]

La raison de l'utilisation de tchi dans la seule locution que tchi interroge. Les différents lexiques et dictionnaires de langues tziganes consultés signalent des façons de dire rien qui s'approche phonologiquement de la locution française. Est-elle une francisation de l'ensemble de la locution ou simplement un emprunt qui se greffe à une construction grammaticale existante ? La base lexicale Romlex indique, par exemple, l'utilisation de kanči par quelques populations tziganes est-européennes dont les caldéraches [58], les lovara [85] ou plusieurs groupes balkaniques. Certaines présentes en France depuis le XIXe siècle. La signification exacte est plus proche de "rien du tout" ou "vraiment rien", le suffixe kan- introduisant un effet amplificateur comme l'adverbe que de la langue française. Pour être vraiment sûr qu'il n'y a pas de doute possible, le lovara dit aussi khanči či. Pour la protchivophilie, il est tentant de franciser la langue de ce groupe tzigane en lovarien. Tel une acrobatie linguistique, il est à noter l'existence de kettchi dans un lexique actuel présenté comme un "vocabulaire gitan essentiel" [152].

Écho-nihilisme ?

Dans le cadre de ses recherches sur rien qui rapprochent toujours plus de F. Merdjanov, la protchivophilie n'est pas à une aporoximation prêt. Se décaler pour mieux voir. Selon la seule biographie connue de F. Merdjanov [153], sa famille est d'origine macédonienne. Sans plus de précisions quand à leurs traditions culturelles, leur langue quotidienne ou leur région d'origine exacte. Ces détails auraient pu permettre de savoir si, oui ou non, ses ancêtres avaient un quelconque lien avec les populations tziganes de l'ex-Roumélie ottomane ou de la Macédoine post-ottomane. Il existe une multitude de groupes tziganes distincts les uns des autres [154]. Parmi eux, les arlije, les sepečides, les džambazi ou encore les gurbeti [155]. Leurs noms dérivent de la langue turque : yerli signifie "sédentaire", sepetçis "vannier", cambaz "acrobate" et gurbet "exil". Souvent adeptes des mythologies mahométiennes, ces groupes sont parfois tout simplement nommés tziganes turcs [156]. Ce qualificatif de "turc" ne renvoie pas nécessairement à une langue ou une origine mais plutôt à l'adoption ou non des mythologies mahométiennes. Même dans les cas où ces populations ne sont plus mahométiennes. Linguistiquement, ces "tziganes turcs" parlent généralement les langues des pays dans lesquels illes vivent — albanais, macédonien, bulgare, grec, serbe, etc. Soit illes sont bilingues, parlent une variante romani ou sont turcophones. Illes ont la particularité d'avoir reçu un forte influence linguistique turque roumélienne et d'avoir ainsi emprunté hiç pour dire rien sous deux formes très proches et hiç. Elles semblent être le verlan de či, qui n'est plus utilisé hormis dans khanči.

Pour qui aiment les aporoximations et consacrer du temps à rien, il est important de formuler des hypothèses sur le tchi et son rapport avec les langues environnantes. Explorer de nouvelles pistes. Cela est primordial pour mieux appréhender L’égosolisme klimaïen et le matérialisme du rien, principal écrit de F. Merdjanov qui rejoint les mêmes problématiques. Un texte introuvable. Les p'tits mots logiques de la protivophilie fonctionnent comme une forme d'étymologie populaire.

La langue française actuelle comprend plusieurs mots qui se rapportent à la petitesse de quelque chose et basés sur la racine latine ciccum. Chiche, chichement, chicheté, chicherie ou encore pois chiche. Le sens premier de l'étymon latin est une fine membrane qui sépare les graines d'un fruit, par extension "presque rien". La prononciation classique cache toutes les formes anciennes ou régionales qui sont plus proches de celle en [tchik] de l'étymon. Il est notable qu'il est un verlan possible de que tchi. L'idée de réduire à rien est incarnée par le verbe déchiqueter. Dans le Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW), l'entrée tšikk recense des dizaines de mots et expressions avec cette racine qui a le sens de "petit", de "peu" [157]. De chic à chic signifie "petit à petit" dans le courant du XVIIe siècle. Faire chic c'est "manquer" et un tchiquot de c'est "un peu de quelque chose". Chicoter signifie "insister sur des petits riens" ou "marchander à outrance". Un peu comme dans chicaner. Globalement, dans l'histoire des pratiques linguistiques en France, la racine tšikk et ses dérivés ont largement alimenté les lexiques pour des domaines très différents les uns des autres. De petits arbres sont nommés chiquet, de petits verres de liqueur, du fromage, des outils, des pièces mécaniques, des objets, des fruits, des hominines enfants ou d'autres petits animaux, etc. Le même étymon se retrouve aussi dans le castillan chico ou l'italien cica. Le nissard propose chic, chicól ou chicolon pour dire un "morceau de quelque chose" ou une "petite quantité" [158]. Dans le domaine anatomique, le nissard chichi est un pénis d'hominine, à l'image du fifrelot et de la tringle. Selon le FEW, l'origine de la racine tšikk est l'onomatopée tchitch- qui exprime l'idée de petitesse ! Pour d'autres elle se rapporte au grec antique κικκός signifiant "un rien". Le souci avec cette hypothèse étymologique est que des travaux ont depuis montré que ce κικκός est un mot-fantôme. Un de "ces mots qui n'ont jamais eu d'existence réelle, mais ont été créés de toutes pièces par des fautes de copistes ou d'imprimeurs, ou par l'imagination exubérante d'éditeurs ignorants ou mal avisés", selon la définition qu'en fait Walter William Skeat en 1886. Ainsi, l'étymon tšikk est d'origine inconnue.

Notes[modifier]

  1. hominines
  2. promulguant ou promulgant ?
  3. "Chemineau" selon la neuvième et dernière édition en date du Dictionnaire de l'Académie française - En ligne
  4. mâles et femelles
  5. Études Tsiganes, n°61-62 "Les Gens du voyage en France" , 2017 - En ligne
  6. JC est une pop-star pour les anciennes générations mais selon les prédictions en 1966 du théologien John Lennon des Beatles, "le christianisme s'en ira. Il disparaîtra et décroîtra. Je ne veux pas discuter de cela. J'ai raison et l'avenir le prouvera. Aujourd'hui, nous sommes plus populaires que Jésus. Je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier, le rock 'n' roll ou le christianisme. Jésus était un type bien, mais ses disciples étaient bêtes et ordinaires. Ils ont tout déformé et tout décrédibilisé à mes yeux"
  7. Johanna Daniel, Les "passeports à l’intérieur" : quand il fallait un passeport pour voyager à travers son propre pays, 2020 - En ligne
  8. Article 1, titre III, du décret du 2 octobre 1795 - En ligne
  9. Henriette Asséo , "Marginalité et exclusion : le traitement administratif des Bohémiens dans la société française au XVIIe siècle", Problèmes socio-culturels en France au XVIIe siècle, Paris, Klincksieck, 1974
  10. Gérard Noiriel, "Surveiller les déplacements ou identifier les personnes ? Contribution à l'histoire du passeport en France de la Ie à la IIIe République", Genèses, n°30, 1998 - En ligne
  11. Jean-François Wagniart, "Les migrations des pauvres en France à la fin du XIXe siècle : le vagabondage ou la solitude des voyages incertains", Genèses, n°30, 1998 - En ligne
  12. Selon les Archives nationales du monde du travail, "le livret ouvrier est créé en 1781. À cette date, une lettre patente renouvelle l'interdiction aux travailleurs de s'assembler, et réglemente leur congé, que leur patron doit, dès lors, reporter sur un livret. Tombé en désuétude, le livret ouvrier est rétabli sous le Consulat (1799-1804), par la loi du 12 avril 1803, puis rendu obligatoire, par l'arrêté du 1er décembre 1803. Ce carnet, remis au patron à l'embauche et restitué à l'ouvrier à la fin de l'emploi, est visé par la police ou la municipalité à chaque déplacement, et indique l'identité ainsi que le parcours professionnel du personnel concerné. Sans son livret, l'ouvrier encourt six mois de prison. Étendu aux établissements industriels et aux domestiques le 22 juin 1854, ce livret est aboli par la loi du 2 juillet 1890."
  13. Les termes bohémien et bohémienne font référence à la Bohême, région historique d'Europe centrale dans laquelle des populations nomades tziganes sont présentes au XVe siècle. Les dictionnaires français font la différence entre la Bohême, la région, et la bohème, le mode de vie artistique du XIXe siècle.
  14. Henriette Asséo, "L’invention des “nomades” en Europe au XXe siècle et la nationalisation impossible des tsiganes", Identification. Genèse d'un travail d'État, 2007 - En ligne
  15. Ilsen About, "Un racisme sans nom. Les origines historiques de la haine antitsigane", Communications, n° 107 "Race et racisme", 2020 - En ligne
  16. 16,0 et 16,1 Prosper Mérimée, Carmen, 1845 - En ligne
  17. Antoine Oudin, Curiositez françoises pour supplément aux dictionnaires, 1640 - En ligne
  18. George Bizet, Carmen, acte I, scène V, 1875 - En ligne
  19. Emmanuel Filhol, "Les Tsiganes en France : une mobilité sous haute surveillance (XIXe et XXe siècles)", Perception de l’altérité culturelle et religieuse - Actes du 130e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques «Voyages et voyageurs», Editions du CTHS, 2011 - En ligne. Emmanuel Filhol, "La loi de 1912 sur la circulation des «nomades» (Tsiganes) en France", Revue européenne des migrations internationales, vol. 23, n°2, 2007 - En ligne
  20. Vald, "Rappel" sur l'album Ce monde est cruel, 2019 - En ligne
  21. internement
  22. Porajmos ou Samudaripen
  23. Martin Holler, "Comme les Juifs ?", Roms, Tsiganes, Nomades, Éditions Karthala, 2014
  24. Réfugié politique en exil du Ouhoqistan, Eric Ciotti est élu maire de Nice en mars 2026.
  25. 25,0 25,1 et 25,2 L'origine de la locution "Que dalle" n'est pas clairement définie. Son orthographe est changeante. L'une est une transformation de l'expression occitane marseillaise "que d'ala", puisque, selon Florian Vernet, "il n'y a pas grand chose à manger dans l'aile d'une volaille." Florian Vernet, Que dalle ! Quand l’argot parle occitan, Institut d’études occitanes, 2007. Ou en rapport avec le dalle, une ancienne pièce de monnaie germanique appelée thaller dont la valeur chute dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant d'être remplacé par le mark et le florin. Il est l'étymologie de dollar. L'expression est attestée au XIXe sous la forme "Que le dail", avec le même sens. Selon Claude Duneton, l'étymologie de dalle est à chercher dans dail ou dal, mot tzigane/romani avec le même sens. La Puce à l'oreille : anthologie des expressions populaires avec leur origine, Paris, Stock, 1978 - En ligne
  26. 26,0 26,1 et 26,2 À défaut d'étymologie crédible, pouic est souvent décrit comme onomatopéique, à l'image de couic. Y a-t-il un lien avec le latin paucus qui a le sens de "peu" et a donné, par exemple, l'occitan pauc ou l'italien poco?
  27. Robert Sailley, Vocabulaire fondamental du tsigane d’Europe, Maisonneuve et Larose, Paris, 1979
  28. "Yéniches" sur Wikipédia - En ligne
  29. "Chourave", de la racine čor", "voler"
  30. "Marave", de la racine mar, "frapper"
  31. "Balnave", de la racine ?, "mentir"
  32. "Bicrave", de la racine bik, "vendre"
  33. "Natchave", de la racine naš, "fuir"
  34. "Bouillave", de la racine buj, "avoir des relations sexuelles"
  35. "Rodave", de la racine rod, "chercher"
  36. "Pillave", de la racine pij, "boire"
  37. "Poucave", de la racine puk, "dénoncer"
  38. Bédo est le verlan de daube, qui a le sens de "merde", et désigne le cannabis. Par traduction directe, l'anglicisme shit est présent en français
  39. "Crayave", de la racine xal, "manger"
  40. "Graillon" selon le Trésor de la langue française - En ligne
  41. Leona Prachařová, L'influence des tsiganismes sur le français contemporain, 2009 - En ligne
  42. Françoise Gadet & Ralph Ludwig, Le français au contact d'autres langues, Éditions Ophrys, 2015
  43. "Chourin" selon le Trésor de la langue française - En ligne
  44. Romlex, base de données lexicales romani - En ligne
  45. Kléo Protohristova, "De l’ethnonyme «tzigane» et des pièges du politiquement correct", reCHERches, n° 7, 2011 - En ligne
  46. Dans la région, des populations nomades ou semi-nomades sont appelées dom, parlant le domari en contexte arabophone et le domani en contexte iranophone. Elles appartiennent aux couches les plus pauvres. Les populations locales les nomment nawar, un terme à connotation dépréciative. Ou aussi kurbat ou zott. Les rromistes voient en elleux la branche moyen-orientale des populations rroms. Elles sont adeptes des mythologies mahométiennes. Du point de vue linguistique, les études tendent à montrer, par les emprunts différents, que les deux populations ne sont pas directement liées et sont présentes dans la région à des époques différentes. Le domari n'est pas une langue unique et standardisée. Plusieurs variantes du nord au sud. "Si le domari est quasiment éteint en Palestine, il est encore couramment parlé dans d’autres pays du Proche-Orient. "C’est dans le nord-ouest de la Syrie que le domari est le plus dynamique, notamment à Alep, Lattaquié, Homs, Saraqib. Les réseaux claniques dans cette région sont extrêmement forts, avec une importante endogamie", précise Bruno Hérin, qui a réalisé ses premiers enregistrements à Alep dès 2009. Une importante communauté vit également dans le sud de la Turquie et dans le nord du Liban. Il s’agit des mêmes clans familiaux, qui ont été séparés par la création des nations modernes après l’éclatement de l’empire ottoman." Thomas Abgrall, "La langue des Doms en voie de disparition", Orient XXI, avril 2022 - En ligne. Bruno Herin, "Elements of Domari Dialectology", Mediterranean Language Review, vol. 23, 2016
  47. Dans le contexte du Caucase, des populations nomades et semi-nomades sont appelées lom, parlant le lomavren, une langue mixant arménien et un fond sanskrit. Quasiment éteinte aujourd'hui. Vardan Voskanian, "The Iranian Loan-Words in Lomavren. The Secret Language of the Armenian Gypsies", Iran & the Caucasus, vol. 6, n° 1/2, 2002
  48. Cécile Canut, "La langue romani : une fiction historique", Langage et société, n° 136, 2011 - En ligne
  49. Voir à ce sujet Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d'origine de l'Occident, Seuil, 2014. Jean-Louis Georget, "Le débat indo-européen et l’identité tsigane à l’orée du XIXe siècle en Allemagne", Enjeux et débats, - En ligne
  50. 50,0 50,1 et 50,2 Marcel Courthiade, "Rroms et migrations : l’usage des mots question", Hommes & Migrations, n° 1321, 2018 - - En ligne
  51. système de castes
  52. 52,0 et 52,1 Élisabeth Clanet, "L'objet «origine» et le concept d'un «peuple» dit «rom»", Lignes, n°34, 2011 - En ligne
  53. 53,0 et 53,1 Éric Paul Meyer, Questions et hypothèses sur la Migration des Rroms depuis l'Inde, 1999 - En ligne. Élisabeth Clanet dit Lamanit, Fils du «Vent de l’Histoire». Une autre approche sur l’histoire de la migration des ancêtres des Rroms, Sinté et Kalé, 2009 - En ligne
  54. Élisabeth Clanet dit Lamanit, "De Tsiganes à Juditanos. Un phénomène de «passing» dans le monde romani", Études Tsiganes, n° 77-78, 2025 - En ligne
  55. Le qualificatif de moïsien·ne est utilisé pour les hominines suivant les prescriptions de Moïse — un personnage fictif de la mythologie. Comme christien·ne avec Jésus aka Christ et mahométien·ne avec Mahomet.
  56. À partir de la descendance de Noé et ses trois fils, dans le roman à succès La Bible, les hominines établissent une table des peuples. Toute population passée ou présente doit pouvoir trouver sa place dans la mythologie. Il en est de même avec le mythe de la Tour de Babel et de l'existence de pratiques linguistiques différenciées chez les hominines. Dans une approche raciste, la table des peuples sert aussi à légitimer des théories de "hiérarchies raciales". Les tziganes sont ainsi la descendance de Noé par son fils Cham lorsqu'il s'agit de les considérer extra-européens, ou par son fils Japhet lorsqu'il s'agit d'insister sur les origines sanskrites de la langue. Généralement les hominines à la peau sombre descendraient de Cham et celleux à la peau claire de Japhet.
  57. Jean Alexandre Vaillant, Les Romes. Histoire vraie des vrais bohémiens, 1857 - En ligne
  58. 58,0 58,1 58,2 et 58,3 Les caldéraches sont une population vivant dans les Balkans. Leur nom provient du terme căldare et signifie "chaudron" dans leur langue. Illes sont réputés pour le travail du métal. Leurs pratiques linguistiques les rapprochent des lovara et des churara. En France, illes sont estimés à quelques milliers personnes, vivant principalement dans l'est parisien. Matéo Maximoff, "The Kalderash of Montreuil-Sous-Bois", Journal of the Gypsy Lore Society, vol. 40, 1961 - En ligne. Patrick Williams, "The Invisibility Of The Kalderash Of Paris: Some Aspects Of The Economic Activity And Settlement Patterns Of The Kalderash Rom Of The Paris Suburbs", Urban Anthropology, vol. 11, no.3/4, 1982
  59. Les romanichal sont attestés à partir du XVIe siècle en Grande-Bretagne. Leurs pratiques linguistiques sont regroupées sous le nom de angloromani, un mélange d'anglais et de romani. Il existe différentes variantes régionales. Rien se dit chi, kek ou niks. Si les romanichal sont catégorisés rrom, il existe de nombreux autres groupes nomades non-rroms en Grande-Bretagne avec leur propre "langue". Angloromani Dictionary - En ligne
  60. 60,0 et 60,1 Ilsen About, "La société des Manouches de Paris au xixe siècle. Autour de quelques explorations ethnographiques de Paul Bataillard", Ethnologie française, n°48, 2018 - En ligne
  61. De l'apparition et de la dispersion des Bohémiens en Europe, 1844 - En ligne Nouvelles recherches sur l'apparition et la dispersion des Bohémiens en Europe, 1849 - En ligne. Les derniers travaux relatif aux Bohémiens dans l'Europe orientale, 1872 - En ligne. État de la question de l'ancienneté des Tsiganes en Europe, 1877 - En ligne.
  62. canaques
  63. Joseph Valet, Grammaire du Manouche tel qu’on le parle en Auvergne, 1984 - En ligne
  64. Les arlija (ou arlies) sont une population maintenant sédentaire en Macédoine, en Serbie, au Kosovo et au Montenegro. Leur nom vient du turc yerli qui signifie "natif", "sédentaire". Illes sont adeptes des mythologies mahométiennes. Leurs pratiques linguistiques présentent des particularités d'avec les autres populations apparentées des Balkans.
  65. Bruno Herin, "The Domari Language of Aleppo (Syria)", Linguistic Discovery, 2012 - En ligne
  66. Bonaventura Vulcanius, De literis et lingua Getarum sive Gothorum, 1597 - En ligne
  67. quinqui
  68. cagots
  69. Ilsen About, "Ancrages et circulations. La diversité des sociétés romani-tsiganes en France au début du XXe siècle", Diasporas, n°31, 2018 - En ligne
  70. Journal d'un bourgeois de Paris, 1427 - En ligne
  71. Daniel Guichard, Le gitan sur l'album éponyme, 1982 - En ligne
  72. Déclaration... contre les vagabons et gens appelez bohëmes et bohëmiennes et ceux qui leur donnent retraite, 4 août 1682 - En ligne. Emmanuel Filhol, "Bohémiens condamnés aux galères à l’époque du Roi-Soleil (1677 à 1715)", Criminocorpus, 2020 - En ligne
  73. "Egyptiens" dans Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Tome V, 1751 - En ligne
  74. Louis-Auguste de France aka Louis XIV, Journal en date du mardi 14 juillet 1789. Cité à l'entrée "révolution" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  75. Robert Martin, Le mot "rien" et ses concurrents [du XIVe siècle à l'époque moderne], 1966
  76. 76,0 et 76,1 "Nib" avec le sens de "rien" proviendrait d'un argot italien, le furbesco ou "fourbesque" en français, qui utilise niba. Dérivé d'une forme régionale nisba. Il existe le fourbesque niberta qui se retrouve dans les francophones nibergue et niberque. Ainsi, nib serait l'apocope d'une de ces formes. Le passage de nib en français peut avoir eu lieu sur le sol européen, soit au Maghreb. Soit par contact direct, soit par l'immigration d'Italie qui se mêle à la colonisation française de la région. L'influence italophone est une des composantes du pataouète, la francophonie maghrébine.
  77. L'origine de "atchik atchik atchik. aïe aïe aïe" n'est pas établie. Le même procédé, avec des sonorités proches, existent en Grande-Bretagne et en Allemagne. Cri de guerre, de ralliement joyeux, des locutions similaires se scandent dans les clubs sportifs, sur les quais maritimes, chez les militaires, etc.
  78. Le mot rotwelsch est attesté dans le milieu du XIIIe siècle sous la forme rotwalsch, avec pour sens "fourbe", "mensonger". Il se compose de rot-, qui peut provenir de rotte "bande" ou de rot "sale", et de -welsch qui se rapporte aux langues romanes. Sous-entendu incompréhensibles. La première tentative d'en faire un lexique paraît en 1488. Puis dans le Liber vagatorum (Livre des vagabonds) de Mathias Hütlin en 1510 dans lequel un chapitre est consacré aux pratiques linguistiques des mendiants et vagabonds. Il en recense plus de deux cent mots. Rotwalsch est un terme générique, il existe autant d’appellations que d'activités liées à la pauvreté ou à des métiers spécifiques. Comme avec le louchebem, l'argot des bouchers en France.
  79. 79,0 79,1 et 79,2 yiddish
  80. 80,0 et 80,1 Klassisches deutsches Rotwelsch aufgezeichnet in den 16.-20. Jahrhunderten (Argot allemand classique consigné entre le XVIe et le XXe siècle) - En ligne
  81. D'après un extrait du lexique établi par Hans-Günter Lerch dans Tschü lowi (Sans argent) - En ligne
  82. 82,0 et 82,1 Lexique allemand-yéniche (en allemand) - En ligne
  83. Cyril Trimaille, Marinette Matthey, "Catégorisations", Sociolinguistique du contact: Dictionnaire des termes et concepts, Lyon, ENS Éditions, 2013 - En ligne
  84. Alain Montaclair, "Une famille yéniche de l’est de la France. L'histoire et l'école", Diversité, n°159 "Roms, Tsiganes et gens du voyage", 2009 - En ligne
  85. 85,0 et 85,1 Signalées en Hongrie et en Slovaquie, les lovara sont une population spécialisée dans l'élevage des chevaux. Lo signifie "cheval" en hongrois. En France, leur nombre est estimé à 2000 personnes maximum. Voir Jan Yoors, Tsiganes. Sur la route avec les rom lovara
  86. Les churara vivent dans les Balkans et en Turquie. Leur nom dérive de cerha qui signifie "tente" dans leur langue. Illes sont adeptes des mythologies mahométiennes.
  87. 87,0 87,1 87,2 et 87,3 Patrick Williams, "L’ethnologie des Tsiganes", Des Tsiganes en Europe, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2011 - En ligne
  88. Rémy Welschinger, Vanniers (Yéniches) d’Alsace. Nomades blonds du ried, L'Harmattan, 2014
  89. 89,0 et 89,1 Dossier Les Jeniš dans Études tsiganes, 1991 - En ligne
  90. Joseph Valet, Les Voyageurs d'Auvergne. Nos familles yéniches, Clermont-Ferrand, 1990 - En ligne
  91. 91,0 et 91,1 Études tsiganes, 1987 - En ligne
  92. "Les Yéniches en quête de reconnaissance" sur ARTE Regards, février 2025 - En ligne
  93. Conférence L’internement des Nomades en France. 1939-1946 au Musée de l'histoire de l'immigration, 2018 - En ligne
  94. Quatrième rapport du Gouvernement suisse sur la mise en œuvre de la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales, février 2017 - En ligne
  95. Stephan Eicher, "Tu ne me dois rien" (paroles de Philippe Djian) sur l'album Engelberg, 1991 - En ligne
  96. Originaire de Moselle, dans l'est de la France, Lora Yeniche sort son premier album Nés comme ça en 2022, produit par Calbo ex-Ärsenik - En ligne
  97. En janvier 2019, pendant une manifestation des Gilets jaunes, Christophe Dettinger frappe à plusieurs reprises des gendarmes mobiles afin de protéger des hominines de leurs violences. Médiatisé, après les plaintes policières, il est condamné en février à 12 mois de prison ferme, suivis de 18 mois avec sursis et mise à l'épreuve. Une cagnote anonyme est lancée sur internet et recueille rapidement 117000 euros destinés à venir en aide à Christophe Dettinger et sa famille. Elle fait polémique chez les politiciens de droite et les syndicats policiers. La justice stoppe cette démarche et contraint la plateforme de dons à rendre l'argent aux hominines qui y ont contribué. La polémique médiatique et politique s'alimente des poncifs sur les "gitans" — alors même que Christophe Dettinger est yéniche. Voir Antoine Peillon, Cœur de boxeur : Le vrai combat de Christophe Dettinger, Les Liens qui libèrent, 2019
  98. Sortie en 2019 de la série Malditos en sept épisodes. Réalisée par Jean-Charles Hue. Bande-annonce. Il réalise La BM du Seigneur en 2011 - Bande-annoce. Et Mange tes morts : Tu ne diras point en 2014, qui reçoit le Prix Jean Vigo - Bande-annonce
  99. Marie Dumora réalise Avec ou sans toi en 2001, Emmenez-moi en 2005, Je voudrais aimer personne en 2010, Belinda en 2017 et Loin de vous j'ai grandi en 2021
  100. Snatch, réalisé par Guy Ritchie, 2000. Bande-annonce en ligne
  101. Sylvie Germain, Petites scènes capitales, 2013
  102. Gitanes
  103. Hieronymus Megiser, Polyglottus Thesaurus, 1603 - En ligne
  104. Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, livre II, chapitre VII Une nuit de noces, 1831 - En ligne
  105. Comme les autres hominines d'Ibérie dans cette situation, illes obtiennent la nationalité française
  106. Paul Bataillard, "Recherches à faire sur les Bohémiens en Algérie", Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, II° Série. Tome 8, 1873 - En ligne
  107. germanía
  108. Francisco Quindalé, Diccionario gitano, 1867 - En ligne
  109. ladino
  110. Marcel Courthiade, Les Rroms dans le contexte des peuples européens sans territoire compact - En ligne
  111. Le temps des gitans, réalisé par Emir Kusturica en 1988. Bande-annonce [en ligne]
  112. Gipsy Kings
  113. Seth Gueko, "Dirty Manouche" sur l'album La chevalière, 2009 - En ligne
  114. Anonyme, La farce de Maître Pathelin, milieu du XVe siècle - [En ligne]
  115. "barracoen" sur wiktionnaire - En ligne
  116. D'après l'article "Barginna" dans Charles du Fresne du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis - En ligne. Du Cange présente plusieurs étymologies possibles qui lient barragouyn au latin barginna dont l'un des sens est étranger.
  117. Rabelais, Pantagruel, livre II, chap. X "Comment Pantagruel equitablement iugea dune controverse merveilleusement obscure et difficile si iustement que son iugement fut dit plus admirable que celluy de Salomon" - En ligne. Présent dans l'édition originale de 1530, ce chapitre n'est pas dans toutes les versions de Pantagruel qui paraissent par la suite.
  118. accoursier - [En ligne]
  119. Rabelais, Pantagruel, livre II, chap. IX "Comment Pantagruel trouva Panurge, lequel il ayma toute sa vie" - En ligne
  120. bargoens
  121. À propos de Nicolas "Seth Gueko" Salvadori
  122. Jean-Luc Poueyto, "Être manouche : une histoire de familles", Ethnologie française, n°48(4), 2018 - En ligne
  123. Le Boy Manouche à 100% - [En ligne]
  124. Lick, Sur les routes de Provence avec les Sinti piémontais : 1935-1945, Wallada, 1998
  125. lalleri
  126. Le destin des Tsiganes (Roms et Sintis) en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Manuel de l'enseignant - En ligne
  127. Porajmos
  128. Marie-Christine Hubert, "Les réglementations anti-tsiganes en France et en Allemagne avant et pendant l'occupation", Revue d'Histoire de la Shoah, n°167,‎ septembre-décembre, 1999 - En ligne. Emmanuel Filhol, "L'indifférence collective au sort des Tsiganes internés dans les camps français, 1940-1946", Guerres mondiales et conflits contemporains. Revue d’Histoire, n°266,‎ février-avril, 2007 - En ligne
  129. Emmanuel Filhol, "Des non lieux de mémoire, ou presque, pour les Tsiganes", Revue d’Histoire de la Shoah, n°181, 2004 - En ligne
  130. Denis Peschanski, avec la collaboration de Marie-Christine Hubert et Emmanuel Philippon, Les Tsiganes en France. 1939-1946, Paris, CNRS Éditions, 1994, p. 72. L’estimation est tirée des chiffres fournis dans sa thèse par Marie-Christine Hubert, Les Tsiganes en France 1939-1946. Assignation à résidence, Internement, Déportation, 4 Tomes, Thèse de Doctorat, Université Paris-X-Nanterre, 1997, t. 2, p. 461
  131. Jacques Sigot, Ces barbelés oubliés par l’Histoire. Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945, Ėd. Wallâda, 1994
  132. Pascal Boulanger, Parler mãnouche, 2012 - En ligne
  133. jazz manouche
  134. Tino Rossi, Tchi tchi - [En ligne]
  135. Matéo Maximoff
  136. Yasuhiro Omori & Kimie Omori, Mour Djiben. Ma vie de manouche, 1976 - En ligne
  137. Pierre-Yves Bulteau, Il était une fois Firmin et la langue mãnouche... dans la série d'émission Michto, 2017 - En ligne
  138. Le Boy Manouche à 100%, "La schmiterie" sur l'album Manouche oriental, 2014 - En ligne
  139. Didier Fassin, Mort d'un voyageur : Une contre-enquête, 2020
  140. Aurélie Garand, Depuis qu’ils nous ont fait ça...
  141. Fondateur en 2005 de l’association La Voix des Rroms
  142. Saimir Mile, "L’antitsiganisme : une tradition française", Racismes de France, La Découverte, 2020 - En ligne
  143. Pierre Barkan, "La désignation des nomades dans les parlers poitevins et saintongeais et ses divers champs sémantiques", Société d'Émulation de la Vendée, 1983 - En ligne
  144. Napoléon Hayard, Dictionnaire d'argot, 1907 - En ligne
  145. Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte, 1866 - En ligne
  146. Jean Baptiste Jouancoux, Études pour servir a un glossaire étymologique du patois picard, vol. 1, 1880 - En ligne
  147. fifrelot
  148. La catégorie "Très Long Raphé" est l'équivalent de "Très Bien Monté" dans le monde qui existe hors de cet article
  149. idiot pour fifrelot
  150. "Fifrelin" selon le wiktionnaire - En ligne
  151. Gabriel Chevallier, La peur. Cité à l'entrée "Working Class Hero" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  152. Vocabulaire gitan essentiel - En ligne
  153. "Peu de choses sont connues sur F. Merdjanov. Naissance en 1970 à Nice. Famille d’origine macédonienne dont l’histoire croise celle du nihilisme politique des années 1900. Études de philosophie et de littérature. Travaux portant sur L’égosolisme klimaïen et le matérialisme du rien. Actuellement en apiculture sur les rives de la mer Noire. Analectes de rien est son premier écrit. Ses autres textes — dont des exégèses poétiques — restent inédits à ce jour." Selon F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  154. multitude
  155. Zoran Lapov, Alain Reyniers, Madeleine Davy, "Les Roms Gurbets", Études Tsiganes, n°35, 2008 - [En ligne]
  156. Voir Elena Marushiakova, Veselin Popov, Les Roms musulmans des Balkans - En ligne
  157. "Tšikk" dans Französisches Etymologisches Wörterbuch, Tome 13, vol 2, page 365 - En ligne
  158. Reinat Toscano, Diccionari de lenga d'òc d’après lo parlar niçard, 2026 - En ligne