Ṇihilie

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Ṇihilie (Ḥихилија en macédonien - Ṇihilia en nissard) Lieu de naissance et de vie de la nihilité.


À lire avant le départ.
"Il ne restera, de tous les concepts humains, rien, rien et rien de rien ! Malgré toutes nos tentations, malgré la peur qui revient nous hanter, tout est à jeter – tout, sans pitié ! Que l’audace, la paradoxalité, la folie soient sans limites ! Plus on délirera, mieux ça vaudra, – plus on s’éloignera de l’horripilodégoûtation qu’a été jusque-là toute la folie, et plus – on s’approchera de Dieu ! Qu’il ne reste pas pierre sur pierre !..." [1]
Extrait d'un guide de survie en milieu hostile


De la géonihilie[modifier]

Pour qui n'en a jamais entendu parler, nihilie n'évoque rien. Une analyse linguistique rapide permet de formuler des hypothèses. Le terme se compose du latinisme nihil et du suffixe francophone -ie. L'un a le sens de "rien" et l'autre s'utilise pour former des noms désignant un état, une qualité, une condition ou une entité. Si le terme nihilie est employé avec une majuscule, il est à appréhender en tant que pays, région ou organisation sociale. Dans ce cas, s'applique à lui l'un des fondements de la protivophilie qui stipule que, à l'image de la France, de la Macédoine ou du Comté de Nice, "la [Nihilie] est un pays comme les autres : ses frontières sont une chimère, son histoire nationale une mythologie, son pouvoir politique un rapport de domination et son organisation sociale une contrainte. Comme toute identité collective, la [Nihilie] est une illusion. Bien sûr, la [Nihilie] a connu des épisodes de son histoire qu’elle ne partage pas avec les autres pays, mais cela ne change rien." [2] Et comme n'importe quelle illusion, elle agit fortement sur la réalité. Dieu n'a pas besoin d'exister réellement pour faire des dégâts parmi les hominines [3]. Qu'illes y croient ou non ! Idem pour les nations ou autres ethnies qui sans avoir de réalité n'en sont pas moins la cause de tragédies en leurs noms. Il n'est pas nécessaire de s'en réclamer pour les subir. Si l'emploi de nihilie se fait avec un n minuscule, il s'agit alors d'un nom commun. Avec la même subtilité que pour Idiotie qui n'est pas un pays, ou pour phallocratie qui est une maladie due à une mauvaise hygiène du pénis. La construction avec le suffixe -ie implique un état, une situation. "Être ou ne pas être" en nihilie n'est pas exactement la même problématique que "Y être ou ne pas y être". Sous-entendu en Nihilie. Pour autant, ces deux approches ne sont pas en opposition. Pour préserver les deux hypothèses, il est préféré de noter le mot avec un n garni d'un point diacritique souscrit — Ṇ — qui marque la présence de la minuscule et de la majuscule.

Cette convention typographique permet de placer cet article dans la continuité des premiers travaux géonihilistiques. Attribué à F. Merdjanov, le texte L'équation corse à la lumière de l'inconnue macédonienne. (Im)précis de nihilisme montagnard et de contre-imaginaire historique tente de définir ce concept et pour se faire prend l'environnement montagneux pour illustrer son propos. "Ici, peut-être plus qu'ailleurs, le grand Rien créateur côtoie l'humble rien de sa création; une forme de géonihilisme. Géonihilisme ? Que faut-il donc entendre par ce terme tant/dont le mot contient de lui-même la réponse à la question ? En Nihilie, rien n'est vrai et tout est permis; c'est dans notre cas la montagne elle-même qui intervient comme métaphore pratique mais aussi comme exégèse des tenants et des aboutissants de ce nihilisme-là. Son expression géographique caractérise le fait que rien n'existe définitivement sous sa forme actuelle, qu'il n'y a pas de réponse à cette constatation et donc, par là-même, qu'aucune vérité puisse être fondamentalement définie." [4] Avec cette allégorie de la montagne, cette Nihilie doit être appréhendée comme le "théâtre de tempêtes furieuses, de précipitations homériques, mais aussi de calmes olympiens leur succédant ou les précédant, elle se montre aussi excessive qu'inconstante ; l'hominine qui l'habite sait s'y montrer à son niveau : hominine et rien d'autre, au mieux animal parmi d'autres." [4] Bien évidemment, ce texte doit être pris avec précaution car les études menées jusqu'ici n'ont pas permis de démontrer avec certitude qu'il a bien été écrit par F. Merdjanov. Le fait qu'il soit signé de ce nom n'est pas une preuve suffisante et des incohérences textuelles peuvent faire penser l'inverse. Ainsi, dans le doute, il fait encore partie des quelques textes appartenant à la catégorie provisoire des "Attribué à".

Avec l'aide du géonihilisme, la description de l'existant se fait nihilité. Une sorte d'approche protivophile et décalée de la réalité. Ainsi, il est possible de discerner que la Ṇihilie est constituée de plusieurs "espaces" aux frontières poreuses et indistinctes: la Ṭoponymie, la Ḅsurdie, l'Ọnanie et la Ṃerdjanovie. Elles n'appartiennent pas nécessairement à la même chronologie ou à la même géographie. La présence du signe diacritique pour les noter est pour rappeler l'approche géonihiliste d'une telle démarche.

Ṭoponymie[modifier]

Par définition, la toponymie est une "discipline linguistique et géographique qui étudie les toponymes, c'est-à-dire les noms propres désignant les lieux." Du grec ancien τόπος [topos] "lieu" et de ὄνομα [omoma] "nom" [5]. Des racines que, via le latin, on retrouve dans la langue française dans, par exemple, biotope et onomastique. L'un désigne une "aire géographique caractérisée par des conditions climatiques et physicochimiques homogènes permettant l’existence d’une faune et d’une flore spécifiques" [6], et le second se rapporte, selon le Trésor de la langue française, à ce "qui est relatif aux noms propres, à leur étude." [7] Contrairement aux apparences, le terme onomatopée n'est pas composé à partir de onoma, du privatif a- et de topos, sous-entendu un nom sans origine géographique précise. Il n'est pas un verlan intellectuel de toponyme, il se décompose en ὄνοματος [onomatos], ce qui se rapporte aux noms, et de ποίησις [poïêsis] qui signifie "action de faire, création". Une racine qui forge le mot français de poésie et ses dérivés. Daté [8] de la fin du XVIe siècle après JCⒸ [9], une onomatopée est généralement décrite comme une "création de mots par imitation de sons évoquant l'être ou la chose que l'on veut nommer." [10] Dans l'histoire de la linguistique, les approches des onomatopées et de leur rôle dans les pratiques sont diverses. Parfois contradictoires. Les exemples illustrant la définition donnée par le Trésor de la langue française sont parlants. D'un part, celle d'Antoine Destutt de Tracy, extraite de son ouvrage Éléments d'idéologie pour qui "si l'on remonte à l'état primitif de toutes les langues, que trouvera-t-on à leur origine? Quelques cris plus ou moins articulés, que nous avons appelé interjections, quelques mots la plupart monosyllabes, formés le plus souvent par onomatopée et servant de noms, voilà ce que nous y voyons." [11] Et d'autre part, celle de Ferdinand de Saussure qui, un siècle plus tard, relativise cette approche "primitiviste". "Quant aux onomatopées authentiques (celles du type glou-glou, tic-tac, etc.), non seulement elles sont peu nombreuses, mais leur choix est déjà en quelque mesure arbitraire, puisqu'elles ne sont que l'imitation approximative et déjà à demi conventionnelle de certains bruits." [12] Le "prétexte onomatopéique" est utilisé pour proposer une explication à des étymologies restées jusqu'alors non identifiées. De dodo à tac-tac. Science évolutive, la linguistique se corrige au fil des siècles. Des propositions d'étymons onomatopéiques ont ainsi été revisitées. Ces préoccupations linguistiques sont en lien avec les recherches protivophiles incessantes sur l'existence de rien. Est-il possible qu'il soit issu d'une onomatopée ancienne qui exprimait la négativité, l'absence ? Faut-il porter du crédit aux théories préhistoriques développées dans le documentaire RRRrrrr !!! [13] d'Alain Chabat ?

Y’a R.
Sur la vie d’ma mère
Ils vont rien faire.
Je te dit, y’a R [14]

L'utilisation moderne de la simple lettre r pour dire rien est-elle un retour à d'hypothétiques sources originelles ou un phénomène de convention proche de celui que décrit Ferdinand de Saussure ? Une forme d'onomatopéisation. Dans un article intitulé Y’a R : la dix-huitième lettre de noblesse de l’alphabet [15], la personne qui le rédige rappelle que si ce système est étendu à l'ensemble des lettres de l'alphabet, il risque d'y avoir des soucis d'intercompréhension. Hormis dans le cas de topolectes qui sont des "variété[s] linguistique[s] spécifique[s] à une région géographique restreinte, telle qu'un village ou une vallée." [16] Sans l'aide précieuse de sa traductrice Erika Abrams, il est par exemple quasiment impossible de comprendre que, pour Ladislav Klíma, "le monde est le jouet absolu de Ma Volonté absolue" se note l.m.e.l.j.a.d.M.V.a. Les possibilités sont très nombreuses. Même avec une contextualisation. Entre la prise de rendez-vous important "Le mercredi et le jeudi. Avant dimanche. MAIS VRAIMENT avant.", la question philosophie du baccalauréat qui demande si "La merditude est la juste alimentation de MA VIE aujourd'hui" ou la protivophilie gastronomique qui scande "Le mélange est le joyau. Annonce de MACÉDOINE VÉRITABLE. Authentique." Etc. Qu'en est-il dans le topolecte de Ṇihilie ? Et dans celui encore plus spécifique de Ṭoponymie ?

– Alors quoi ?
– Rien. [17]

Cet extrait de Moravagine de Blaise Cendras, cité à l'entrée "surréalisme" dans les Analectes de rien [18] de F. Merdjanov, peut se traduire dans les différents topolectes nihilites par :

– ?
– R [19]

Il résume à lui seul la recherche d'une démarche toponymique adaptée à la Ṇihilie. Car "Moravagine a établi, à [notre] usage, un dictionnaire des deux cent mille principales significations de l’unique mot de la langue martienne, ce mot étant une onomatopée : le crissement d’un bouchon de cristal émerisé" qui fait "ké-ré-keu-keu-ko-kex". Moravagine rédige ce volumineux lexique afin que l'autobiographie qu'il a prévu d'écrire puisse être lue par son ami R. et peut-être quelques autres. Blaise Cendras lui-même reconnaît que cette onomatopée martienne "signifie tout ce que l'on veut." Un exemple à suivre avec la lettre r et ses 1312 combinaisons.

Compatriotes et contemporains, Ladislav Klima et Jaroslav Hasek sont généralement vus comme les précurseurs de la toponymie nihilistique. L'un, en 1904, assume publiquement que "le plaisir éprouvé "pour rien" n’est pas rien" dans son ouvrage théorique Le monde comme conscience et comme rien [20]. Plus d'un siècle avant les recherches menées autour du hameau de Rien [21], puis celui du Rhien [22], Jaroslav Hasek publie en 1922 un Guide du Rien [23], qui rétrospectivement, doit être considéré comme le tout premier voyage officiel en Ṭoponymie.

Lorsque nous arrivons dans un endroit où il n’y a rien du tout, notre œil cherche vainement quelque chose à regarder, ce qui s'explique par le fait que nous nous trouvons au centre d’une concentration extrêmement dense de rien. Nous ne pouvons pas même affirmer qu’une plaine nous entoure, puisqu'il n’y a pas de plaine non plus. Il n'existe pas de concept géographique approprié. Toute personne est immédiatement frappée par le fait qu'il n'y a rien devant, rien derrière, rien au-dessus ni au-dessous d’elle. Afin d’épargner à l'œil les fatigues d’une recherche inutile, je donne ici une liste des objets que l’on ne peut trouver et par lesquels le regard ne sera en aucun cas attiré. On notera donc l'absence de :

    - Forêts épaisses d’un vert sombre.
    - Houle des champs de blé dans les plaines fertiles.
    - Reflets bleutés de l’air.
    - Espaces infinis.
    - Tapis bigarrés de fleurs des champs.
    - Nuages printaniers arrosant les vergers fleuris.
    - Chemins de fer sillonnant la campagne.
    - Collines et rivières.
    - Tours, donjons et autres clochers.
    - Ruines et petites églises de campagne.

Ḅsurdie[modifier]

Depuis sa parution en 1951, L'Homme révolté [24] d'Albert Camus est régulièrement republié et commenté. Basé sur une approche essentiellement littéraire des nihilistes russes de la fin du XIXe siècle, ce texte reprend les caricatures et les analyses biaisées développées par l'écrivain christien [25] et conservateur Fiodor Dostoïevski. Son livre le plus célèbre est Les Démons /Possédés [26], publié en 1873, dans lequel les protagonistes sont ouvertement nihilistes. Horrifié par l'assassinat, en 1869, de l'étudiant Ivanov par quelques membres de son groupe révolutionnaire qui l'accusent de travailler pour la police, Dostoïevski dépeint dans ce roman tout ce qu'il n'aime pas dans les idées réformatrices de son époque. Ces personnages incarnent la révolte totale contre le régime féodal russe et la servitude, contre l'église orthodoxe et sa morale, et reflètent l'ambivalence de Dostoïevski sur les contestations politiques qui traversent la société russe depuis le milieu du XIXe siècle. Jusqu'où faut-il aller dans les critiques justifiées et les nécessaires réformes ? Le personnage de Chigaliev et le chigalievisme théorique qui en découle sont, dans l'esprit de Camus, inspirés de Sergueï Netchaïev et la Société de la Hache, même si Dostoïevski s'en défend : "Je laisse de côté dans mon roman le vrai Netchaïev et sa victime Ivanov. Le personnage de mon Netchaïev ne ressemble certainement pas à celui du vrai Netchaïev" [27] Chigaliev veut instaurer un système despotique au nom de l'égalité entre les hominines. Pas très original ! Et très éloigné des textes théoriques écrits ou diffusés par Sergueï Netchaïev et les hominines de son entourage politique.

La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes. [28]

Lorsque Les Démons sort en 1873, Sergueï Netchaïev est dans un cellule de la forteresse Pierre-et-Paul. Rien ne dit que Albertine Hottin ait lu la traduction française du roman, parue en 1886 [26]. Dostoïevski force la caricature, au point de faire tenir à ces personnages nihilistes des raisonnements qu'il juge lui-même absurdes, et Camus les exaltent comme des archétypes de la révolte existentielle et politique. De tradition christienne tous les deux, ils ne peuvent imaginer les questionnements sur l'absence d'un Sens-à-la-vie, autre que celui que l'on se donne, qu'en terme d'absurdité. Le Rien leur échappe. L'un de ces personnages littéraires nihilistes affirme que la solution à tous les problèmes consiste à se débarrasser de l'ensemble des hominines de plus de 25 ans. Seule façon de faire émerger un monde nouveau. Il ne reste plus qu'à inventer la baguette magique !

– S’il devient indifférent de vivre ou de ne pas vivre, tout le monde se tuera, et voilà peut-être en quoi consistera le changement.
– Cela ne fait rien. On tuera le mensonge. Quiconque aspire à la principale liberté ne doit pas craindre de se tuer. Qui ose se tuer a découvert où gît l’erreur. Il n’y a pas de liberté qui dépasse cela ; tout est là, et au-delà il n’y a rien. Qui ose se tuer est dieu. À présent chacun peut faire qu’il n’y ait plus ni Dieu, ni rien. Mais personne ne l’a encore fait.
– Il y a eu des millions de suicidés.
– Mais jamais ils ne se sont inspirés de ce motif ; toujours ils se sont donnés la mort avec crainte et non pour tuer la crainte. Celui qui se tuera pour tuer la crainte, celui-là deviendra dieu aussitôt.

Pour des raisons qui leur échappent, les deux fabulistes du nihilisme russe, Dostoïevski et Camus, sont devenus des sources historiques sur ce sujet. Un petit nombre d'hominines connaissent les contours des personnages et les contextes politiques, le plus grand nombre se nourrit des classiques de la littérature. Le roman de 1873 et l'essai de 1951 sont à quelques centimètres de l'étagère "Histoire" dans les bibliothèques. Les Démons et L'Homme révolté ont été réédités à de multiples reprises et traduits dans de nombreuses langues. Alors qu'il en existe en macédonien, malgré plusieurs recherches, il n'a pas été possible de vérifier s'il existe ou non des traductions en huttais, en nikto ou en ewokais — respectivement langue des hutts, des niktos et des ewoks. Le plus probable est que des traductions aient déjà été faites en basic [29], afin d'être compréhensibles par le plus grand nombre d'espèces intelligentes. À l'échelle de la galaxie, bien évidemment. En attendant d'en trouver un exemplaire, il est d'ores et déjà possible, grâce à des traducteurs automatiques, de transcrire les titres L'Homme révolté et Les Démons avec l'alphabet aurebesh [30] utilisé pour noter le basic. Respectivement et .

"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine..." dans les marges des Territoires de la Bordure Extérieure, à proximité de la zone Espace Sauvage, dernière région inexplorée de la galaxie, l'historiographie républicaine mentionne l'existence d'un large groupe social appelé Nihil. Il ne s'agit pas d'une espèce vivante spécifique mais d'un agglomérat de plusieurs d'entre elles, dont des hominines. Leur économie est centrée sur la piraterie interplanétaire : "Nous sommes les Nihil... nous ne nous contentons pas de dompter la tempête. Nous sommes la tempête." [31] Leur base arrière, appelée Grand Hall, est située dans le Non-Espace, un endroit de la galaxie difficilement accessible par les routes spatiales classiques. La cartographie des routes commerciales hyper-spatiales est le monopole de la République galactique. Pour contrecarrer cette situation, les nihil bénéficient de la technologie dite du Réacteur à Sentiers pour emprunter des routes hyper-spatiales non conventionnelles. La plupart des espèces de Nihil comprennent et parlent le galactique de base — aka le basic — pour communiquer entre elles. Du moins pour celles qui sont dotées d'un organe vocal adéquat. Il est difficile de dater avec précision le début et la fin de l'expérience Nihil, quelque part entre la Grande Catastrophe de l'Hyperespace et la Guerre Civile Galactique. Tout au plus est-il possible de dire qu'elle dure plus de deux siècles avant sa destruction. L'utilisation de droïdes maraudeurs et des terrifiantes et puissantes créatures des Sans-Nom [32] n'ont pas suffit pour venir à bout des Jedi et des hordes de militaires de la République galactique.

En tant que micro-société guerrière, Nihil est une organisation sociale et militaire. Trois Tempêtes d'environ un milliers de nihil chacune, avec un·e Maître-Tempête au commandement de chacune d'elles. Le quatrième axe de cette structure est L'Œil de Nihil qui détient le secret du fonctionnement du réacteur à sentiers. Cette fonction est la seule à être héréditaire. Les décisions sont votées entre ces quatre. L'armement, les vaisseaux et les uniformes sont disparates. Selon une étude consacrée à Nihil et aux nihil, "ce groupe était une énigme, difficile à comprendre malgré quelques aspects très simples de leur culture. Anarchiques et organisés, variés et unifiés." [33] Les individus, de différentes espèces, se regroupent au sein de Nihil pour les mêmes raisons que la piraterie maritime. Il y a l'embarras du choix : l'appât du gain, le libre arbitre, la nécessité de fuir quelque chose, le goût du risque, l'esprit collectif d'une telle aventure, etc. La question de la traduction ou non en basic du roman de Dostoïevski et de l'essai de Camus prend tout son sens lorsque l'on s'attarde sur l'histoire factuelle de Nihil. Marchion Ro, qui occupe le titre d’Œil, a-t-il pris trop au sérieux ces deux fictions ? Ce n'est pas le premier cas signalé. Le documentaire Galaxy Quest [34] revient sur cette touchante histoire d'extra-terrestres, en danger sur leur planète, qui kidnappent les hominines qui jouent dans la série Star Trek pour avoir leur aide contre les forces malfaisantes inter-galactiques qui les menacent. Cette espèce n'a pas de second degré et ne comprend pas la notion de fiction. Prendre au sérieux ces fictions revient à endosser les traits caricaturaux de ce à quoi on se réfère. Le nom même de Nihil ne vient pas de nulle part ! La succession dynastique de la famille Ro pour le titre d'Œil est sanglante et les jeux de pouvoir avec les Maîtres-tempête sont continuels. La responsabilité de Marchion Ro dans la Grande Catastrophe ne fait plus de doute. Il provoque volontairement un accident de la route — hyper-spatiale — entre le vaisseau pirate d'une Tempête et un cargo civil transportant de nombreux passagers. Comme prévu, les débris de la collision sont dispersés à grande vitesse à travers l'hyper-espace et ressortent brusquement à travers toute la galaxie. Par vagues successives. Le bilan est catastrophique. Des villes et des planètes entières sont détruites. Jusqu'à 1,2 milliards de victimes pour le seul système d'Eriadu. Le marchionisme est un chigaliévisme. Quelles sont les responsabilités de Fiodor Dostoïevski et d'Albert Camus dans ce drame cosmique ?

Mais cette approche est biaisée, fondée sur des anachronismes. Du point de vue strictement chronologique, les nihil du Non-Espace précèdent les nihilistes terrestres du XIXe siècle. "Il y a bien longtemps... Et cetera. Et cetera." La probabilité de l'existence de traduction en basic de L'Homme révolté et Les Démons est donc réduite à néant. Il est plus logique de penser que, inversement, ces deux livres ne sont peut-être que des plagiats ou du pillage de l'histoire de Nihil. Le chigaliévisme terrestre ne serait-il finalement que du marchionisme nihilite ? Chigalev n'est donc peut-être pas Sergueï Netchaïev mais plutôt Marchion Ro. Les difficultés pour accéder à la littérature en basic freinent considérablement les recherches en ce sens. Il est plus raisonnable d'explorer la piste des mythologues Charles Soule et Justina Ireland qui sont les sources de cette nihilite intersidérale, la plus ancienne mention connue de Nihil. En 2021, le premier publie La Haute République : La Lumière des Jedi et la seconde La Haute République : Une épreuve de courage. L'un s'adresse à un public adulte, l'autre est destiné aux plus jeunes. Aucun ne cite ses sources. Qui ont-illes rencontré pour avoir un tel point de vue sur les nihil ? Ont-illes relu les "Classiques" ? Sur quoi se fondent leurs témoignages sur la Ḅsurdie dans laquelle illes n'ont probablement jamais mis un orteil ? Onze ans avant Les Possédés de Fiodor Dostoïevski, le roman Pères et enfants [35] de Ivan Tourgueniev est écrit au cœur de la tourmente nihiliste en Russie et propose une vision moins apocalyptique de ce que l'envoyé spécial spatio-temporel Michaël Confino décrypte comme une "révolte juvénile et [une] contre-culture" [36].

– C’est un nihiliste.
– Comment ? lui demanda son père. Quant à Paul, il leva son couteau dont l’extrémité portait un morceau de beurre, et resta immobile.
– C’est un nihiliste, répéta Arcade.
– Un nihiliste, dit Kirsanof. Ce mot doit venir du latin nihil, rien, autant que je puis juger, et par conséquent il signifie un homme qui... qui ne veut rien reconnaître ?
– Ou plutôt qui ne respecte rien, dit Paul qui se remit à beurrer son pain.
– Un homme qui envisage toute chose à un point de vue critique, reprit Arcade.
– Cela ne revient-il pas au même ? demanda son oncle.
– Non, pas du tout ; un nihiliste est un homme qui ne s’incline devant aucune autorité, qui n’accepte aucun principe, sans examen, quel que soit le crédit dont jouisse ce principe. [37]

Ọnanie[modifier]

Personnage de la mythologie moïso-christiennes [25], Onan est contraint par son père, afin de respecter les traditions culturelles, de se marier et d'avoir des relations sexuelles avec sa veuve de belle-sœur [38]. Il s'y refuse et préfère détruire son sperme lorsqu'il le faut. En colère pour cet affront, la divinité le tue. Dans le monde réel, Onan est fait archétype et l'Ọnanie apparaît au début du XVIIIe siècle dans un traité médical traitant de masturbation. Rédigé en langue anglaise, il s'intitule Onanie. L'odieux péché de la masturbation [39] et démontre que, en plus d'être un péché, la masturbation est évidemment mauvaise pour la santé. Le titre entier annonce le contenu: "Le péché odieux de la masturbation et toutes ses terribles conséquences (chez les deux sexes), accompagnés de conseils spirituels et physiques destinés à ceux qui se sont déjà causé du tort par cette pratique abominable". En français, onanisme est le mot savant pour la masturbation. Le médecin Samuel Auguste Tissot publie, en 1761, L'onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation [40]. Son diagnostic s'appuie scientifiquement sur le cas d'un médecin atteint de tuberculose et adepte de masturbation dont les causes de la mort sont attribuées à ses pratiques masturbatoires. Ainsi démontré, le diagnostic médico-moral autour de l'onanisme fait virtuellement vivre une Ọnanie dans laquelle doivent exister des hominines se disant onaniste ou onanite. Cette région de Ṇihilie est l'endroit idéal pour oser affirmer "Une bonne paluche ou rien". Le diacritique géonihilistique indique que le sens peut être extrapolé. En français, l'expression "Se palucher" signifie "s'inventer des histoires", non pas seulement pour une activité sexuelle solitaire, mais pour l'ensemble de la nihilité. Il n'y a pas de plus belle vie que celle que l'on s'invente ! Synonyme de "Se doigter", "Se pignoler" ou tout simplement "Se branler". Les hominines qui ne connaissent rien à ces subtilités peuvent se rapporter au guide touristique En Ọnanie & Nininin et son quatrième de couverture très explicite:

Le sentiment d’être tout et l’évidence de n’être rien [41]

Selon ses propres dires, ces quelques mots sont pour Emil Cioran, penseur émérite en nihilité, une "extraordinaire formule banale, synthèse de dilatation et d’échec, d’extase et d’impasse. Le plus souvent ce n’est pas d’un paradoxe, c’est d’un truisme que surgit une révélation." [42] En 1797, John Robison publie en langue anglaise Preuves de conspiration contre toute les religions et tous les gouvernements [43] et, entre 1797 et 1799, Augustin Barruel publie en français les cinq volumes de ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Sans se connaître, ses deux auteurs révèlent l'existence d'un même complot, aux dimensions internationales et aux possibles retentissements galactiques. L'un est scientifique, l'autre est prêtre. Le maître-d'œuvre secret de ce complot n'est autre que l'Ordre des Illuminés (ou Illuminati), une société philosophique secrète créée le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt dans la région germanique de Bavière. Elle est une de ces nombreuses loges de la franc-maçonnerie qui voient le jour à cette époque. Comme elles, les Illuminati adoptent une structure pyramidale et un système initiatique hiérarchisé. Dans une macédoine de philosophie, de théologie et de mysticisme, l'enseignement est imprégné d'humanisme et d'universalisme, porté par les idéaux des Lumières [44]. Le foisonnement maçonnique, les divergences entre loges et les dissidences internes rythment la vie de ces hypothétiques conspirations progressistes en devenir. En 1784, les autorités bavaroises interdisent toutes les loges maçonniques. L'Ordre des Illuminati et les autres disparaissent. Officiellement. Weishaupt est destitué de sa chaire universitaire l'année suivante et se réfugie en Saxe. Il y meurt paisiblement en 1830 à l'âge de 82 ans.

En Ọnanie, il n'est pas nécessaire de chercher ce qui est véritablement dit et il est plutôt conseillé de s'attarder sur ce qui est reproché. La nuance est fondamentale. Ainsi, les doctrines et les théories des Illuminati deviennent secondaires dans tout ce qui les concerne. Au-delà du cas particulier des Illuminati, les idéaux des Lumières inquiètent les pouvoirs en place et leurs suppôts. La contestation toujours plus grande de la place de la religion christienne ou la critique de l'ordre monarchiste des choses font craindre un renversement de ce qui fait le monde politique depuis des siècles. Des membres de la bourgeoisie et de l'aristocratie s'interrogent, discutent, se disputent sur le sort à réserver aux hominines des couches inférieures. Les élites conservatrices — politiques, intellectuelles, religieuses, philosophiques, etc. — ont peur de perdre leurs privilèges. Pour une partie d'entre elles, l'explication la plus logique aux bouleversements politiques et sociaux est l'acharnement secret de petites minorités agissantes et influentes qui complotent pour saper les fondements des sociétés d'hominines. La franc-maçonnerie est toute désignée. Oser défier le pouvoir terrestre mis en place par la divinité-en-chef, cela implique nécessairement de posséder de sérieuses aides venant de puissantes forces maléfiques. Voire sataniques. Comment expliquer sinon que la myriade de sociétés secrètes parviennent à ébranler l'existant ? En effet, "Dieu" n'est quand même pas n'importe qui !

Dans le contexte bavarois, à peine deux ans après l'interdiction de toute les loges maçonniques, paraissent successivement deux ouvrages majeurs sur les théories farfelues. L'un, écrit en allemand par Ernst August von Göchhausen, s'intitule Révélations sur le système politique cosmopolite. L'autre, écrit en français par Jean-Pierre-Louis de Luchet, est publié en 1789 et se nomme Essai sur la Secte des Illuminés [45]. La thèse est assez simple. Dans le plus grand secret, les Illuminati contrôlent la majeure partie des loges maçonniques en Europe qui, elles-mêmes, sont très actives dans le renversement de la monarchie en France, puis dans le processus de mise en place d'un système parlementaire républicain. Cette approche nie les dimensions sociales et populaires dans la construction d'une pensée critique ou dans les agitations sociales, réduites à des manipulations "des masses" par l'action discrète de quelques hominines de l'ombre. La définition minimum de ce qu'est LE complot pour des complotistes et autres onanites. S'en suivent, dix ans plus tard, les livres d'Augustin Barruel et de John Robison. Pour eux, la Révolution française confirme que l'action secrète des Illuminati fonctionne. Les liens entre des loges maçonniques en France et celle des Illuminati sont une réalité historique que les archives disponibles aujourd'hui confirment. Via Johann Joachim Christoph Bode, le big-boss de l'Ordre, qui voyage en France et semble entretenir un rapport particulier à la langue française [46]. Il rédige, majoritairement en français, ses Reproches individuels qu'il fait parvenir aux membres de la société secrète pour les initier. Dans l'un d'eux, il reprend une maxime de François de La Rochefoucauld qui s'inscrit très bien dans l'imaginaire onanite: "Il y a des faussetés déguisées qui représentent si bien la vérité, que ce seroit mal juger que de ne s’y pas laisser tromper." [47] En bref, lorsque le mensonge est bien ficelé, lorsque la dissimulation est organisée, se faire berner n'est pas une preuve d'un manque d'intelligence. Une vérité qui réconforte les onanites sur leur santé mentale et, d'autres part, confirme que les Illuminati ont un plan secret savamment orchestré.

Des hominines comme Euloge Schneider contribuent à la structuration d'un imaginaire pseudo-illuminatiste. Johann Georg Schneider est ordonné prêtre sous le nom de Euloge en Bavière et devient professeur de grec à l'Université. Il est alors membre d'une loge maçonnique appelée Pour une égalité parfaite. Il prend fait et cause pour le processus révolutionnaire en France, pays qu'il rejoint en 1791. Il s'installe à Strasbourg et prend une part active à la vie politique. Dans les querelles qui secouent alors la France, il soutient la frange radicale et, en pleine période révolutionnaire dite de la Terreur [48], il est nommé à la tête du Tribunal révolutionnaire. "En 39 jours d’activité, le tribunal révolutionnaire tint 146 séances, fit comparaître 322 personnes, en acquitta 50, en ajourna 7, infligea 1122010 livres d’amendes et de nombreuses peines de prison sous des formes et pour des durées variables, prononça 12 condamnations à la déportation à vie, dont certaines à Madagascar ou à la Guyane, et 33 condamnations à mort dont 2 par contumace." [49] Fin 1793, au cours d'une cérémonie de "déprêtrisation" organisée dans l'ancienne cathédrale, renommée Temple de la Raison, il renonce publiquement à ses fonctions au sein des institutions religieuses christiennes. En décembre, il a pour projet de se marier mais il est arrêté sur ordre de Saint-Just, l'Archange de la Terreur, et exhibé sur la place public où il lui est demandé de reconnaître ses fautes. Envoyé finalement à Paris, il est emprisonné, condamné, puis guillotiné le 1er avril 1794. Le contexte révolutionnaire et le jeu politique entre les hominines ne permettent pas de savoir les raisons exactes de la disgrâce d'Euloge Schneider. Est-il jugé politiquement trop radical ? Est-il le fusible facile parce qu'étranger ? Est-il l'incarnation politiquement nécessaire de l'agent provocateur étranger ? Officiellement, il est condamné pour avoir "favorisé les complots avec les ennemis extérieurs et intérieurs de la République et concerté des manœuvres criminelles avec [un] contre-révolutionnaire". L'imaginaire qui s'est construit autour de cet hominine fait dans la démesure. Si son appartenance aux Illuminati n'est pas prouvée, pour des onanites, ses actes suffisent à démontrer son affiliation. Ce qui compte, ce sont les signes et non les preuves directes, évidemment inaccessibles dans les complots — par nature secrets. La loge maçonnique Pour une égalité parfaite l'exclut de ses effectifs en 1794, jugeant ses actes contraires à son éthique. Témoignage direct, dans ses Souvenirs, épisodes et portraits pour servir à l'histoire de la Révolution et l'Empire [50], Charles Nodier consacre un chapitre entier à Euloge Schneider auprès de qui il est envoyé étudier. En plus de l'érudit et du poète, il décrit un personnage tyrannique qui effraie la population d'Alsace et mentionne le cas d'une hominine femelle de 80 ans, guillotinée pour avoir donner un morceau de pain à un jeune militaire autrichien affamé. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, pour Le Citoyen Schneider [51], écrit par Erckmann-Chatrian, "l’abbé Schneider exterminait les curés, les moines et les chanoines en Alsace". Dans les Légendes et traditions orales d'Alsace, Jean Variot recense au début du XXe siècle, une courte histoire intitulée Le carrosse d'Euloge Schneider : "Parfois, la nuit, quand un orage menace, on voit s’avancer sur la route de Mittelbergheim à Barr, un carrosse qui roule lentement. Si vous approchez, vous voyez que les chevaux sont des chevaux-squelettes et que le cocher tient à la main un large couteau. Le carrosse dégoutte de sang. À l’intérieur, un homme est assis et il tient sa tête sur ses genoux ! Pour effrayer les passants attardés, il la leur tend par la portière. C’est Euloge Schneider, le grand massacreur de Strasbourg, qui a fait guillotiner des milliers de personnes pendant la Révolution." [52] Illuminati ou pas, Euloge Schneider, lui dont le patronyme vient de schneiden "couper", incarne parfaitement l'image de l'adepte du chaos et de la violence, de la renonciation à la religion et de l'instauration de l'anarchie mondiale. Il est le lien idéal entre "illuminés" et Lumières ! Rien que pour le nom donné à ses partisans, selon la protivophilie, les schneidériens ont une place en Ṇihilie.

Le fait que l'Ordre des Illuminati ait complètement disparu de la circulation après son interdiction montre que ses membres influents se dissimulent très bien. Qu'elles sont leurs nécessaires complices ? L'utilisation d'une logique circulaire empêche toute contestation de la véracité de ce qui est avancé ! Une pratique argumentaire assez répandue chez les hominines qui défendent l'extravagante idée de l'existence d'une ou plusieurs divinités et qui demandent aux autres de fournir la preuve du contraire. Les contours du mythe du "Complot des Illuminati" s'épaississent. Bienvenue en Ọnanie.

Dans cette partie de la Ṇihilie, se forme ainsi la matrice de l'approche complotiste de la réalité de l'existant. Depuis l'Ọnanie, viendront ensuite se joindre aux Illuminati la "Juiverie internationale", des extra-terrestres-très-méchants, des anarchistes et autres "judéo-bolcheviques" avec leurs couteaux entre les dents, des forces maléfiques très anciennes et des divinités antiques, puis — derniers arrivés "dans le game" — les reptiliens. Une véritable "foire aux Illuminés" [53], pour reprendre le titre d'une étude consacrée à cette macédoine imaginaire. Daté de 2005, cet ouvrage ne mentionne pas la guerre que l'Ọnanie a depuis déclaré au paisible Ouhoqistan. Avec le risque que ce conflit fait peser sur les troupeaux de licornes sauvages. Depuis sa disparition "officielle", l'Ordre des Illuminati a usé de tous les moyens pour parvenir à ses fins. Les deux guerres dite mondiale, les diverses crises économiques et la misère, une multitudes de nouveaux virus et d'épidémies dévastatrices, les périls écologiques et les pollutions industrielles ne sont pas le fait du hasard ! Qui peut prétendre le contraire ? Ce ne serait pas si grave s'il ne s'agissait que de ces quelques dégâts collatéraux. Les onanites voient bien que dorénavant la famille, la nation, la langue, la culture, la religion et les traditions n'échappent plus à la critique. Car là est le but ultime d'Adam Weishaupt et ses adeptes: La destruction totale des fondements-mêmes des sociétés d'hominines dans le monde. De fait, l'onanisme et sa nihilité inversent les bases de l'analyse de la réalité: Ce ne sont pas les abstractions collectives — comme la famille, le couple, le peuple, le pays, la culture, etc. — et les mythologies religieuses qui sont responsables des violences, des inégalités sociales, de la misère et autres tristes réalités du quotidien, mais leur disparition progressive. Quelle que soit sa diversité, l'onanisme n'est pas une question de positionnement idéologique. Il n'y a pas de phénomène d'hémiplégie politique constaté parmi les onanites qui peuvent être de droite ou de gauche. Voire ambidextres. Un constat pessimiste fait en 1904 dans Le monde comme conscience et comme rien par Ladislav Klíma qui rappelle que "Me semble-t-il", [est une] restriction à appliquer à chaque mot, – ou à aucun : rien de rien n’est certain, et il est à supposer que nos lecteurs ne seront pas de ces péquenots qui prennent tout ce qu’ils voient imprimé pour paroles d’évangile." [20] Un pari fou ! Une approche optimiste de l'onanisme indique que le déclencher initial est un réflexe sain qui cherche seulement une explication extraordinaire à une réalité jugée catastrophique, une explication à la hauteur de la situation. Le puzzle de la réalité n'est pas un jeu si simple. L'onanite a besoin de se sentir au cœur de la nihilité en détenant une information secrète, capitale pour le présent et pour l'avenir des hominines, que personne ne veut prendre au sérieux. Une forme de crise existentielle du Personnage Non-Jouable (PNJ) du Grand Jeu auquel se livrent les hominines de pouvoir. Leur situation est complexe et, parfois, il y en a qui préfèrent se résigner. Ou fuir. Direction le poste-frontière qui sépare l'Ọnanie de la Ḅsurdie.

Rien n'a de sens,
je le sais depuis longtemps.
Il n'y a donc rien à faire,
je viens de le découvrir. [54]

Ṃerdjanovie[modifier]

Parmi tous les espaces qui subdivisent la Ṇihilie, la Ṃerdjanovie est celui sur lequel nous disposons le moins de sources. Il semble qu'elle soit en lien avec F. Merdjanov, sans que la réciprocité soit vraie. Hormis sur d'obscurs sites internet, quasiment rien n'est disponible sur cette personne, pourtant célèbre dans le monde de la protivophilie. Hominine sans signe distinctif, si ce n'est une naissance en 1970 à Nice dans une famille d'origine macédonienne. D'après sa biographie "autorisée". Des études universitaires consacrées à un nihilite d'adoption, Ladislav Klíma.

Rare photographie d'un troupeau de licornes sauvages

Abordé du point de vue géonihilistique, le terme de Ṃerdjanovie se décompose en Merdjanovie et merdjanovie. L'une serait un espace géographique et/ou temporel prenant F. Merdjanov en référence, l'autre regrouperait tous les signes et allusions reliant F. Merdjanov à la nihilité. Voire même à la réalité. Dans le texte Vie et œuvre de F. Merdjanov [55], ses biographes ne sont pas en mesure d'affirmer quoi que ce soit. Juste formuler des hypothèses. Sont évoquées une fantasque "histoire de voyage en Égypte, direction les sources du Ni[hi]l" et une tentative avortée d'installation dans une terra nullius de 2000 km² sur la frontière entre l’Égypte et le Soudan. Du point de vue juridique, une terra nullius est un territoire qui n'est revendiqué par aucun pays. Rien non plus en ce qui concerne des voyages à la recherche de l'oasis de Walou ("rien" en arabe maghrébin) à travers les déserts du globe, du Quart-Vide de la péninsule arabique [56] au Lieu-des-Ruines dans les confins chinois [57]. Pas le moindre Nihilistan dans un recoin de désert. Rien. Les travaux menés depuis la rédaction de ce texte biographique de référence sur F. Merdjanov n'ont pas permis d'en savoir plus sur ces questions. La seule précision géographique se rapportant à F. Merdjanov et pouvant vaguement rimer par capillotraction avec la Ṇihilie est le pourtour tchernomorien. Son dernier lieu de résidence connu. Mais, fondamentalement, vouloir associer sa personne à une conception collective — même fictive — fait que cette Merdjanovie ne peut être qu'une chimère aux frontières fictives, à la mythologie nationale infondée et aux rapports sociaux oppressifs [2]. Une tentative de calomnie, une opération évidente de cacaïfication.

Sous sa forme merdjanovie, la Ṃerdjanovie est regardée depuis l'extérieur. De Ḅsurdie ou d'Ọnanie. Leurs porosités impliquent une dimension intersectionnelle à la merdjanovie. Les hominines regardant d'Ọnanie ne peuvent que constater le dénigrement permanent, voire les moqueries, du fait religieux dans les écrits — prêtés ou avérés — de F. Merdjanov, un plaisir non dissimulé de nuire aux aspects coercitifs des illusions collectives et un acharnement à discréditer tout ce qui n'est pas critique de l'ensemble de l'existant. D'évidence, rien n'échappe à rien. "Adam Weishaupt ! Sors de ce corps !" hurlent frénétiquement les onanites. Des rumeurs circulent. Quels sont les liens réels entre l'apathée F. Merdjanov et la campagne internationale de sensibilisation à la disparition des grands troupeaux de licornes sauvages du Ouhoqistan, victimes collatérales dans la guerre d'agression de l'Ọnanie ? D'où vient l'argent pour la financer ? Quels sont les réseaux d'influence ? Merdjanov n'est-il pas finalement un patronyme moïsien ? [58] La complexité de ces questions divise les onanites. Pour une partie d'entre elleux, il ne fait pas de doute que la volonté, toute merdjanovienne, de mettre systématiquement en avant Emil Cioran dissimule mal une homonymie approximative avec saurien, l'autre nom des reptiliens. La facilité à décrypter ce jeu de mot est une marque évidente de condescendance à l'encontre des onanites. Une façon de détourner l'attention sur le risque réel de domination du monde par les reptiliens. Avec ou sans l'aide des Illuminati. De manière consensuelle, il est admit en Ọnanie que l'existence même d'un démenti de liens entre, d'une part, F. Merdjanov et son monde, et d'autre part les Illuminati et leurs projets secrets est une preuve du contraire. Un procédé naïf très classique. L'insistance à évoquer Ladislav Klíma, dans des contextes très éloignés de sa réalité, ressemble fortement à une technique de communication assez rudimentaire de manipulation psychologique. Le but est simple: faire avaler ces histoires de dérèglement climatique. Bien renseignée sur ce sujet, l’ancienne responsable de la bibliothèque de Nice, interrogée en 2017 [2], ne s'y laisse pas prendre.

Klíma, klimat, climat ? Non, ça me dit rien ! [2]

Avec une pointe d'ironie, en guise de remerciement pour l'inutile visite guidée de cette Ṃerdjanovie, la protivophile fait sien ce court extrait de l'introduction au Guide du Rien de Jaroslav Hasek: "Au seuil de cet ouvrage, je tiens à exprimer toute ma reconnaissance au clochard anonyme qui, étendu près de sa bouteille de gnôle au milieu d’un terrain vague dépourvu de tout intérêt, m'a fait remarquer à quel point c'était "joli par ici" !"[23]

Notes[modifier]

  1. ↑ Ladislav Klíma, Instant et Éternité, 1927. Cité à l'entrée "salut à toi !" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 F. Merdjanov, "Vie et œuvre de F. Merdjanov" (Postface), Analectes de rien, Gemidžii Éditions, 2017
  3. ↑ Parmi les très nombreux groupes spécifiques dans la classification du vivant, les hominines sont célèbres pour leur invention de l'expression "Espèce de cons"
  4. ↑ 4,0 et 4,1 F. Merdjanov, L'équation corse à la lumière de l'inconnue macédonienne. (Im)précis de nihilisme montagnard et de contre-imaginaire historique - En ligne
  5. ↑ "Onomatopée" selon le Trésor de la Langue Française - En ligne
  6. ↑ "Biotope" selon le Wiktionnaire - En ligne
  7. ↑ "Onomastique" selon le Trésor de la langue française - En ligne
  8. ↑ Lorsqu'un mot est daté, il s'agit évidemment de sa plus ancienne mention connue écrite. Il existe depuis probablement plus longtemps dans les pratiques linguistiques orales.
  9. ↑ Jésus aka ChristⒸ est le plus ancien cas de Gestation Pour Autrui (GPA). La mère porteuse se nomme Marie.
  10. ↑ "Onomatopée" selon le Trésor de la langue française - En ligne
  11. ↑ Antoine Destutt de Tracy, Éléments d'idéologie, 1803
  12. ↑ Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, 1916
  13. ↑ Alain Chabat, RRRrrrr !!!, 2004 - Bande originale en ligne
  14. ↑ Bilel, "Y’a R" sur l'album Fou Rire et Pompes Funèbres, 2015 - En ligne
  15. ↑ "Y’a R : la dix-huitième lettre de noblesse de l’alphabet" sur Rap City - En ligne
  16. ↑ "Topolecte" sur La langue française - En ligne
  17. ↑ Blaise Cendrars, Moravagine. Cité à l'entrée "surréalisme" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  18. ↑ F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  19. ↑ Blaise Cendrars, Moravagine. Cité à l'entrée "surréalisme" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  20. ↑ 20,0 et 20,1 Ladislav Klíma, Le monde comme conscience et comme rien, 1904
  21. ↑ Le hameau de Rien est situé dans la Drome.
  22. ↑ Le Rhien est un hameau de Franche-Conté, sur le bord d'une rivière du même nom. Y vivent Jeanne et Avi de Rhien, selon leur vraie biographie
  23. ↑ 23,0 et 23,1 Jaroslav Hasek, Guide du Rien, 1922 - En ligne
  24. ↑ Albert Camus, L'Homme révolté, 1951
  25. ↑ 25,0 et 25,1 Les christiens et les christiennes sont les hominines qui se réclament de Jésus aka ChristⒸ. Moïsien et moïsienne désignent les hominines se référant à Moïse. Dans le monde extérieur à la protivophilie, il est plus courant de dire chrétien et chrétiennne, et juif et juive
  26. ↑ 26,0 et 26,1 Fiodor Dostoïevski, Les Démons /Possédés, 1873 - En ligne
  27. ↑ Dostoïevski, Journal d’un écrivain, chapitre "Une des contre-vérités du temps présent", publié en 1873 dans Le Citoyen n°50
  28. ↑ Sergueï Netchaïev, Les principes de la révolution, 1869. Cité dans Erwan Sommerer, "La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan" dans Lundi Matin, n°504, 14 janvier 2026 - En ligne
  29. ↑ Originellement langue de commerçants et de voyageurs, le Basic Galactique Standard s'étend à travers toute la galaxie et devient la langue officielle dans les systèmes stellaires intégrant la République Galactique, parlée par des milliards de personnes sur une très grande majorité de systèmes stellaires. Selon Star Wars Wiki
  30. ↑ Selon le Star Wars Wiki, "l'Aurebesh était un système d'écriture utilisé pour transcrire le Basic Galactique, un des langages les plus utilisés dans la galaxie. L'Aurebesh possédait trente-quatre graphèmes et quatorze signes accessoires. Son nom était issu de la contraction des deux premières lettres : Aurek et Besh - En ligne
  31. ↑ Discours de Marchion Ro à l’attention des Nihil dans le Grand Hall
  32. ↑ Selon l'encyclopédie Star Wars HoloNet, "Les Sans-Nom étaient d’anciennes et puissantes créatures à l’allure terrifiante capables de priver les Jedi de leur sensibilité à la Force jusqu’à la mort. Ces monstres, plus grands qu’un Humain, se déplaçaient sur deux ou quatre pattes griffues et disposaient d’une gueule garnie de dents. Leur apparence exacte n’était pas connue puisque les Sans-Nom s’alimentaient et amplifiaient la terreur de leur victime, si bien que chacun les percevait différemment."
  33. ↑ "Nihil" sur l'encyclopédie Star Wars HoloNet - En ligne
  34. ↑ Galaxy Quest réalisé en 1999 par Dean Parisot. Bande-annonce en ligne
  35. ↑ Ivan Tourgueniev, Pères et enfants, 1862 - En ligne
  36. ↑ Michaël Confino, "Révolte juvénile et contre-culture : Les nihilistes russes des années 60", Cahiers du monde russe et soviétique,‎ 1990 - En ligne
  37. ↑ Ivan Tourgueniev, Pères et enfants. Cité à l'entrée "style de vie" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  38. ↑ Selon wikipédia, "le lévirat est un type particulier de mariage où un frère d'un défunt épouse sa veuve afin de poursuivre la lignée de sa famille. Les enfants issus de ce remariage ont le même statut que les enfants du premier mari."
  39. ↑ Onania or The Heinous Sin of Self-Pollution, début XVIIIe siècle - En ligne
  40. ↑ Samuel Auguste Tissot, L'onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation, 1769 - En ligne
  41. ↑ Paul Valery, Œuvres, tome 1. Cité à l'entrée "Paul Valery" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  42. ↑ Emil Cioran, De l’inconvénient d’être né, 1973
  43. ↑ John Robison, Preuves de conspiration contre toute les religions et tous les gouvernements, 1797 - En ligne
  44. ↑ Le XVIIIe siècle est appelé "Siècle des Lumières" au cours duquel, à travers l'Europe, naît un vaste mouvement intellectuel, politique, littéraire et philosophique parmi les hominines qui contestent les systèmes monarchiques féodaux et les croyances religieuses jugées rétrogrades. Plus généralement, les Lumières critiquent l'absolutisme et les superstitions, et défendent une approche plus libérale de la politique et un rationalisme dans les domaines philosophiques ou religieux. Les Lumières en France ont leur équivalent germanique, l'Aufklärung
  45. ↑ Jean-Pierre-Louis de Luchet, Essai sur la Secte des Illuminés, 1789 - En ligne
  46. ↑ Markus Meumann (Trad. Claire Gantet), "Les Illuminés dits de Bavière et la France", Les échanges savants franco-allemands au XVIIIe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2019 - En ligne
  47. ↑ François de La Rochefoucauld, "CCLXXXII" (282), Réflexions ou Sentences et Maximes morales, 1665 - En ligne
  48. ↑ La Terreur est la période de 1793 à 1794 pendant laquelle le pouvoir politique républicain, issu de la Révolution de 1789, suspend la constitution et met en place des mesures d'exception pour faire face à la contestation interne et aux attaques militaires de pouvoirs monarchistes d'Europe, coalisés contre la France révolutionnaire. La guillotine est à la mode.
  49. ↑ "SCHNEIDER Euloge (Jean Georges)" sur Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace (FSHAA) - En ligne
  50. ↑ Charles Nodier, "Euloge Schneider, ou la Terreur en Alsace", Souvenirs, épisodes et portraits pour servir à l'histoire de la Révolution et l'Empire, tome I, 1831 - En ligne
  51. ↑ Erckmann-Chatrian, "Le Citoyen Schneider" dans Contes et romans populaires, 1867 - En ligne
  52. ↑ Jean Variot, Légendes et traditions orales d'Alsace, tome II, 1920. Repris dans Claude Seignolle, Les Évangiles du Diable, 1967
  53. ↑ Pierre-André Taguief, "La foire aux Illuminés", 2005
  54. ↑ Intégralité du premier chapitre de Rien de Janne Teller, 2007
  55. ↑ "Vie et œuvre de F. Merdjanov" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017 - En ligne
  56. ↑ D'une superficie d'environ 650000 km2, le Rub al Khali — littéralement le "Quart Vide" — est la plus grande étendue de sable au monde.
  57. ↑ Situé au nord-ouest de la Chine, le désert du Taklamakan – terme qui signifie "lieu des ruines" en langue ouïghoure — a une superficie d'environ 270000 km2
  58. ↑ Ce questionnement sur la moïsianité ou non des patronymes est un schéma récurrent chez les complotistes, ancré dans une longue tradition de fantasmes et de paranoïas appelée "antisémitisme".